ENTRÉE DE LA MOSQUÉE MEÏDAN DE KACHAN.
Il ne me reste plus qu'à découvrir la lentille, quand tout à coup mes aides, qui avaient jusqu'ici imposé de leur propre autorité un arrêt à la circulation, se replient vivement devant quelques domestiques précédant une caravane de femmes montées à califourchon sur des ânes couverts de housses brodées d'argent.
Les nouveaux venus se précipitent sur moi et m'ordonnent de m'écarter au plus vite afin de laisser passer le cortège. L'injonction est faite sur un ton si violent, j'ai placé l'appareil avec tant de peine, et si peu d'instants me sont nécessaires pour terminer mon épreuve, que je refuse obstinément de me retirer.
«Les khanoums peuvent s'aventurer devant l'objectif sans crainte d'être dévorées», dis-je aux serviteurs.
MOSQUÉE MEÏDAN DE KACHAN.—MIHRAB A REFLETS MÉTALLIQUES. (Voyez p. [204].)
L'observation reste sans effet; mes agresseurs, pleins d'arrogance, portent sur les châssis une main sacrilège et me refoulent, ainsi que Marcel accouru au bruit de la dispute, dans une boutique du bazar.
En Perse même, où les mœurs sont beaucoup plus douces et plus paisibles que dans la Turquie d'Asie, un Européen ne peut supporter une humiliation sans perdre tous les privilèges dus à son origine. La foule ne voit plus en lui qu'un chrétien, c'est-à-dire un paria auquel on peut sans crainte faire subir de mauvais traitements. Il est nécessaire de protester avec énergie contre la vexation dont nous venons d'être l'objet, sous peine de supporter les conséquences de notre patience pendant tout notre séjour à Kachan. Marcel, d'une voix impérieuse, ordonne à nos serviteurs de se rendre immédiatement au palais et de porter plainte au gouverneur; puis, avec l'air digne et fier des gens certains de se faire rendre justice, nous sortons du bazar, suivis d'une nuée de gamins. Ces mauvais drôles, interprètes fidèles des sentiments de la population, font des cabrioles autour de nous, sans oublier de nous traiter de «chiens», de «fils de chiens», de «fils de père qui brûle aux enfers», dès qu'ils ont repris la position verticale et l'usage de jambes habiles à les mettre à l'abri de justes représailles.