ÉVÊQUE ARMÉNIEN DE DJOULFA.

«Mon peuple est fier de la splendeur de son église, me dit l'évêque, et j'attribue en partie à la conservation de ce sanctuaire les pieux sentiments qui rattachent les Arméniens à cette terre de Perse où ils ont tant souffert. Je suis heureux d'être commis à la garde de ce temple, qui atteste le zèle pieux d'une colonie autrefois si puissante.»

Après nous avoir fait visiter le trésor, riche surtout en inventaires des objets dont on a dépouillé l'évêché, l'épiscopos nous remet aux mains du sacristain et nous engage à monter sur la terrasse placée autour de la coupole. De ce point élevé nous pourrons apprécier l'importance de la cité et compter plus de vingt monastères, en partie détruits.

A part les chapelles de l'évêché et du couvent catholique, deux églises seulement sont rendues au culte; on aperçoit sur la gauche la coupole de la cathédrale et, plus loin, un second édifice, auquel est annexée une maison de retraite pour les vieilles femmes.

«Quel est donc le bruit de crécelle qui depuis quelques instants s'élève jusqu'à nous?

—On sonne l'office des Sœurs de Sainte-Catherine, répond mon guide.

—Le singulier carillon!

—Le couvent est tout près d'ici, voulez-vous le visiter?» ajoute le sacristain.

J'accepte. Arrivés à l'extrémité de la rue, nous suivons quelques femmes se rendant à la chapelle, et nous pénétrons bientôt dans une vaste cour entourée de cellules. Au milieu de l'emplacement laissé libre par des constructions à un seul étage, s'élève un échafaudage de bois, supportant au moyen de cordes un épais madrier percé de trous. Deux sœurs armées de marteaux de fer frappent à tour de rôle, avec une violence qui témoigne de leur ferveur, sur cette singulière boîte d'harmonie, et, à défaut de cloches, appellent ainsi les fidèles à la prière. Elles battent d'abord des rondes, puis des blanches, des noires, des croches et enfin des doubles et des triples croches; leur habileté rendrait jaloux le plus chevronné de nos tambours.

La porte entr'ouverte du sanctuaire permet d'apercevoir les religieuses. Les unes sont assises dans des stalles, les autres se relayent devant un pupitre pour chanter avec des voix de stentor les louanges du Seigneur; toutes portent des robes en coton gros bleu, taillées selon l'ancienne forme des vêtements arméniens; le voile enroulé autour de leur tête et le bandeau placé devant la bouche sont de la couleur générale de l'accoutrement. Avant d'aller au chœur, elles jettent sur leurs épaules un long burnous de laine noire, muni d'un capuchon pointu, qui retombe sur leurs yeux: le diable ne s'attiferait pas autrement s'il devait un jour chanter nones et matines. Aux fêtes carillonnées, elles sont autorisées à servir la messe et remplissent alors les fonctions de diacres.