La coutume commune à tous les grands personnages de s'entourer d'une foule nombreuse comparable à la clientèle romaine les rend d'un abord facile. Il n'est besoin d'aucune formalité pour s'approcher des gouverneurs, des ministres. Le roi lui-même est aisément accessible, et on peut lui demander justice ou protection, lui faire sa cour en toute occasion, admirer la sagesse de ses paroles, l'élégance de ses discours, suivant en cela le précepte de Saadi, qui pourrait servir de préface au manuel du parfait courtisan: Chercher un avis contraire à celui du sultan, c'est se laver les mains avec son propre sang. S'il dit en plein jour: «Ceci est la nuit», il faut répondre: «Voici la lune et les Pléiades».

Cette facilité de voir de près et de causer sans crainte avec des hommes élevés par leur intelligence ou la faveur royale au-dessus du vulgaire contribue à donner aux gens du peuple une aisance de manières et une forme polie dans le langage, qui les rend, à ce point de vue, très supérieurs aux hommes des classes inférieures de nos pays. Grâce à cette bonne éducation, les Persans sont de relations agréables et d'un commerce facile jusqu'à ce qu'une occasion se présente de traiter avec eux quelque affaire d'intérêt. Alors se révèlent subitement leur instinct d'intrigue, leur âpreté au gain, et se refroidissent en même temps les bons sentiments que leur esprit et leur amabilité inspirent tout d'abord.

Ce raffinement de politesse rend les formes de la langue persane «élégante» très difficiles à apprendre. Marcel commence à se faire comprendre, mais il s'exprime comme un grossier personnage; en outre, son accent est détestable. Il va prendre quelques leçons avec le mirza du consulat, un vrai lettré, afin de corriger ou tout au moins d'améliorer la prononciation des mots les plus usuels.

TASSE A CAFÉ PERSANE.

LES JARDINS PRÈS DE TAURIS. (Voyez p. [55].)

CHAPITRE IV

Visite aux consuls.—Histoire d'un consul turc.—La mosquée Bleue.—La citadelle.—Déplacement constant des villes d'Orient.—Les glacières.—La mort du mouchteïd de Tauris.—Les mollahs.—Excursion à la mosquée de Gazan Khan.—Visite du gouverneur de Tauris.—Visite à l'archevêque arménien.—Couvent d'Echmyazin.—Orfèvreries précieuses et manuscrits.—Notions de dessin d'une femme chaldéenne.—Le calendrier persan.—Départ de Tauris.—Une caravane de pèlerins se rendant à Mechhed, dans le Khorassan.—Un page féminin.—Mianeh.—Légende du château de la Pucelle.—Dokhtarè-pol.

15 avril.—Nous nous sommes rendus aujourd'hui chez les rares Européens forcés par leur triste destinée d'habiter Tauris.