—En route!» Et nous nous sommes rendus sans quitter les toitures, pour ainsi dire à vol d'oiseau, de la mosquée Nô à la médressè Baba Khan, située au milieu du marché aux légumes.
L'école, bâtie sur un plan rectangulaire, est immense. Autour de la cour, plantée d'arbres superbes, s'ouvrent les chambres des élèves, desservies par de larges galeries. Toutes ces pièces sont désertes; des plâtras et des ordures de toute sorte encombrent les corridors; les carreaux de faïence qui recouvraient les murs de la cour gisent sur le sol; en certains points les murs se sont écroulés sous les secousses des tremblements de terre.
Comme à la médressè du Vakil, quelques moutards assis sur leurs talons écoutent de la moitié d'une oreille la lecture que leur fait un mollah, un peu plus distrait qu'eux, s'il est possible.
La partie la mieux conservée et la plus intéressante du monument est le péristyle d'entrée, d'une époque antérieure à celle des principaux bâtiments. Quatre grands arceaux entrecoupés de niches en pierre grise supportent une voûte plate tapissée d'une belle mosaïque à fond gros-bleu, comparable aux panneaux émaillés qui décorent la mosquée de Tauris. Les faïences sont entourées d'une frise couverte d'inscriptions et comprises dans les archivoltes de pierre des arceaux. Tout l'édifice, excepté le péristyle d'entrée et les minarets placés de chaque côté de la porte, est dû, il est inutile de le dire, à la munificence du Vakil, comme le magnifique bazar que nous traversons en regagnant nos pénates. Avant de rentrer, nous passons auprès du tombeau de Seïd Mir Akhmed, dont la coupole bulbeuse domine tous les édifices de la ville.
MASDJED NÔ A CHIRAZ. (Voyez p. [449].)
19 octobre.—Quel abominable et monotone climat que celui de Chiraz en cette saison! Marcel est encore malade: depuis deux jours son pouls n'est guère tombé au-dessous de cent vingt pulsations; M. Blackmore, notre hôte, n'a presque pas quitté le lit depuis notre arrivée, et à partir d'avant-hier j'ai été seule à table, servie par le cuisinier, l'unique domestique qui soit debout; la maison du télégraphe est transformée en hôpital. L'aire carrelée placée au bas de l'escalier et orientée au midi est couverte tout le long du jour des vêtements et des couvertures trempés de sueur que chaque fiévreux vient, en se traînant, étendre au soleil dès que le mal lui donne un moment de répit.
Les fièvres du Fars sont terribles; les accès se compliquent de délire ou tout au moins d'hallucinations très fatigantes, et laissent finalement le patient dans un état de pitoyable faiblesse. Il est bien pénible en cet état de manquer de draps de lit; j'ai envoyé au bazar de Chiraz, mais il n'a pas été possible de se procurer de la toile. Les Persans naissent et meurent tout habillés et ne connaissent point, à l'exception de la chemise, l'usage du linge. Marcel ne se plaint point cependant; quand il ne délire pas, il joue avec une famille de souris qui a établi son domicile sous les couvertures brûlantes.
LE BAZAR DU VAKIL A CHIRAZ.