«Des voleurs s'étaient introduits pendant la nuit dans le bazar de Chiraz, toujours très mal gardé, comme chacun le sait, et avaient dévalisé la boutique d'un marchand de coton. La victime alla se plaindre à Kérim khan. Ce soleil de justice et d'équité lui promit qu'il s'emploierait de tous ses efforts à découvrir les coupables et qu'il les traiterait selon leurs mérites. Le marchand se retira après avoir baisé la terre de l'hommage. Le lendemain, les ferachs du palais furent mis en campagne, les barbiers et les vendeurs de thé interrogés; toutes les recherches demeurèrent infructueuses.

«—D'audacieux coquins ne tiendront pas plus longtemps en échec les esclaves de Votre Majesté: si elle veut bien m'y autoriser, je me fais fort de retrouver les voleurs», dit au vakil le premier ministre.

«—Par Allah, tu as plein pouvoir», répliqua le roi à son serviteur.

«Celui-ci s'empressa d'envoyer ses domestiques prier à un grand banquet les gens qu'il croyait capables d'avoir pris part au larcin. Ils arrivèrent tous à l'heure dite, coiffés de leurs turbans les plus beaux, vêtus de leurs abbas les plus magnifiques, fiers d'être conviés à dîner chez un puissant personnage.

«Après avoir remercié l'Excellence de l'honneur fait à leur famille, les invités, tout joyeux, attaquaient déjà le pilau, quand soudain le ministre s'écria:

«—Voyez, les méchantes gens! ils ont encore du coton sur la barbe et ils osent se présenter chez moi!»

«Sur-le-champ les voleurs portèrent avec effroi la main à leur visage et se trahirent tous par ce geste inconsidéré.


«Baricallah! baricallah! (bravo! bravo!), s'exclament tous les assistants.