Assis sur un banc fait en feuilles de palmier, un homme à la physionomie intelligente dit à un nombreux auditoire, composé de tcharvadars, de paysans, de toufangtchis et de serviteurs, un de ces récits dont les Persans sont si friands.
En m'apercevant, le narrateur interrompt son discours.
«Continuez, je vous écouterai avec grand plaisir.»
Le bonhomme hésite.
«Finis donc l'histoire, s'écrient en chœur les assistants.
—Je n'ose pas.
—Pourquoi? demandent les golams; ne t'intimide pas. Çaheb te donnera un bakchich.
—Je ne puis pourtant vous narrer à nouveau les aventures du derviche de Samarkande.
—Dis-nous des contes de bazar.»
Et les assistants, poussant par les épaules l'orateur qui avait abandonné son trône et s'était modestement mêlé à la foule, le ramènent à la place d'honneur. Afin de lui rafraîchir la mémoire, on lui passe un kalyan; il fume en recueillant ses souvenirs, avale une sébile d'eau, se mouche avec les doigts et prend enfin la parole.