Adieu, Soubas, vendanges sont faites! Y a-t-il lieu de me désoler? La pensée qu'on pourrait me mettre de mon vivant dans la tombe refroidit ma curiosité.
DAME CHRÉTIENNE DE BASSORAH. (Voyez p. [544].)
TOMBEAU D'ESDRAS. (Voyez p. [552].)
CHAPITRE XXXI
La navigation sur le Tigre.—Nos compagnons de route.—L'arbre de la science du bien et du mal.—Tombeau du prophète Esdras.—Bois sacré.—Échouage du Mossoul.—Tribus arabes.—Arrivée à Ctésiphon.—Le palais des rois sassanides.—Séleucie.—Sa ruine.—Son état actuel.—La nuit sur les bords du Tigre.—Retour à bord du Mossoul.
8 décembre.—Dès que nous avons été capables de mettre un pied devant l'autre, nous avons fui avec empressement l'atmosphère empestée et le ciel humide de Bassorah. Deux services de paquebots mettent cette ville en relation avec Bagdad. L'un a été créé par la compagnie Linch de Londres et fonctionne avec régularité toutes les semaines. Ses bateaux, médiocrement aménagés, sont tenus avec autant de propreté que le comportent les mœurs des voyageurs, tous habitués à faire leur cuisine sur le pont. L'autre est entre les mains de l'administration ottomane et fait deux trajets par mois. C'est sur un bateau turc, le Mossoul, partant ce matin avec une semaine de retard, que nous nous sommes hâtés de prendre place.
Tout ici paraît marcher à la diable… ou à la turque.
État-major et équipage, payés d'une façon intermittente, sont obligés, faute d'appointements réguliers, d'avoir recours à des expédients fort désagréables, dont le public est le premier à souffrir. Le pont des premières est encombré de cages pleines de poules que les matelots ont achetées à Bassorah et qu'ils revendront à Bagdad avec deux ou trois sous de bénéfice par volaille. Les officiers, dont l'ambition est plus haute, sont bien obligés de tolérer que la basse-cour de l'équipage envahisse le pont quand eux-mêmes garnissent la cale de leurs colis.