TOMBEAU DE CHEIKH OMAR.
Une coupole aplatie, percée d'une multitude de petites ouvertures, recouvre la mosquée. Je vois accolé à cette lourde masse un autre dôme, de forme plus élégante, revêtu de faïences colorées et traitées dans le style persan du temps des rois sofis. Il abrite la salle du tombeau.
La grande cour est entourée d'arcades, campements gratuits offerts aux voyageurs pauvres et aux derviches. Plus loin se trouve une médressè. Ces dernières constructions, comme les deux minarets élevés à l'entrée de l'enceinte, sont bâties depuis peu d'années.
A quelques pas du tombeau d'Abd el-Kader on me montre un autre monument funéraire; sur notre droite, des minarets appartenant à la mosquée de cheikh Yousef; à gauche, la porte de la masdjed Abd er-Rahman. J'en passe, et des plus saints, car il serait aussi long d'énumérer les édifices consacrés au culte qui se rencontrent ici dans chaque rue, que de compter les églises et les chapelles de Rome.
16 décembre.—J'aurais désiré mettre à profit nos pèlerinages aux mosquées et aux tombeaux, pour approfondir les subtilités qui distinguent les rites orthodoxes sunnites, mais l'extrême difficulté que j'éprouve à dire quelques mots d'arabe me rend ce travail très ardu, d'autant plus que mon interprète, en sa qualité de fidèle chiite, n'est guère porté à faciliter mes investigations.
Comme toutes les religions nouvelles, l'islamisme, à ses débuts, traversa une longue période de crise. Les textes n'étaient pas fixés, les traditions restaient incertaines, et le dogme devenu plus tard la pierre d'angle de la foi musulmane, l'origine sacrée du Koran, était discuté par les plus fervents disciples du Prophète. Au milieu de ce chaos religieux, les doctrines de Mahomet eussent peut-être succombé s'il n'était apparu successivement quatre docteurs qui donnèrent une version définitive de tous les textes sacrés et prouvèrent à leurs adeptes que le livre de la loi avait été dicté par Dieu lui-même: «Allah seul était capable de parler une langue aussi pure que l'arabe dans lequel est écrit le livre révélé».
Le premier en date des docteurs de la loi musulmane, Abou Hanifa, naquit en Perse vers l'an 700 et vint de bonne heure s'établir à Bagdad. Ses disciples sont les Baloutches, les Afghans et les Turcs. Malik, le docteur de Médine (795), avait fait adopter ses doctrines par les Africains; Ach-Chafi (820), qui descendait, comme Mahomet, de la tribu de Koraïch, vivait à Médine, tandis que Ibn Hambal (855), le docteur de Bagdad, recrutait ses partisans parmi les Arabes.
Bien que les chefs des sectes orthodoxes aient toujours été d'accord sur toutes les questions de dogme, et que les divergences qui existent entre leurs doctrines reposent seulement sur les diverses manières d'interpréter quelques textes religieux ou législatifs, leurs disciples se distinguent les uns des autres par l'esprit qui les anime. Les Hambalites, les derniers venus au monde musulman, forment une secte sévère, puritaine, intolérante. Sous le règne des Abbassides ils révolutionnèrent Bagdad au nom de la religion, et suscitèrent de nombreuses insurrections. Véritables sectaires, leurs prêtres s'introduisaient dans les maisons, cassaient les vases contenant du vin, battaient les chanteurs, brisaient les instruments de musique et rossaient leurs coreligionnaires suspects de tiédeur. Les Hanafites, en revanche, ont hérité de leur maître un esprit large et libéral; les Malékites et les Chafféites ont des opinions modérées.
Malgré le zèle et la foi de leurs défenseurs, les doctrines orthodoxes triomphèrent péniblement. Aux premiers temps de l'Islam les dissensions religieuses dégénérèrent même en combats. L'ardeur des partis était extrême, les luttes sanglantes; Ibn Hambal, le dernier des docteurs, eut un bras cassé dans un de ces mouvements populaires.
Les questions religieuses paraissent aujourd'hui laisser l'esprit public fort en repos, mais pas un Sunnite, il est vrai, ne se refuse à confesser la céleste origine du Koran.