«Cette construction fut ordonnée par notre seigneur et maître l'imam Abou'l-Abbas Ahmed el-Nassir ed-din Allah, émir des croyants, à qui le monde entier doit obéissance; l'esclave d'Allah, l'ornement de l'univers, la preuve de l'existence de Dieu, l'émir que le monde entier doit suivre et aider.

TOUR DU TALISM.

«Salut soit sur lui et sur ses aïeux purs et vertueux! Que ses invocations guident toujours les croyants sur le chemin du salut et de la justice, où ils doivent tous le suivre et l'aider!

«La tour a été terminée en l'année 628 (1230 de l'ère chrétienne).

«Que le salut de Dieu soit sur notre seigneur et prophète Mohammed, ainsi que sur sa bonne et pure famille!»

Quelles singulières analogies existent entre la fortification musulmane du Moyen Age et la fortification française de la même époque! Il est impossible, en regardant la grande tour du Talism, de ne point la mettre en parallèle avec le donjon de Couci; mêmes corbeaux destinés à supporter les hourds, mêmes baies servant de dégagement à ces ouvrages de charpente, mêmes meurtrières ouvertes sur toute la hauteur de la tour, mêmes escarpes et contrescarpes défendues par des chemises extérieures, mêmes plafonds nervés réunis par des voûtains ogivaux. Si ce n'était la substitution de l'ogive iranienne à l'ogive occidentale et des caractères arabes aux caractères gothiques, je me croirais au pied de l'enceinte d'une ville française du Moyen Age.

Une seule différence existe entre les ouvrages militaires des musulmans et ceux des chrétiens, et elle est très frappante. Soit que le temps, sous le ciel de l'Orient, s'imprime sur les édifices en traits moins sévères que dans nos climats brumeux, soit que le caractère propre de l'architecture persane n'ait guère changé depuis huit cents ans, la tour du Talism, antérieure à des fortifications françaises similaires, garde un aspect de jeunesse qui pourrait la faire croire née d'avant-hier et bombardée d'hier, tandis que les remparts de Couci, de Carcassonne, d'Avignon, même après la restauration qu'on leur a fait subir, semblent d'une époque d'autant plus reculée que nos idées sur les formes architecturales et le mode de construction se sont modifiées profondément depuis le treizième siècle.

Tout auprès et à l'intérieur des fortifications s'étend un cimetière immense, placé sous la protection du tombeau de cheikh Omar. Le monument funéraire est surmonté d'une toiture en forme d'éteignoir, ornée à l'extérieur de côtes saillantes dessinant les alvéoles qui tapissent l'intérieur de la voûte. En se dirigeant du côté de la ville, on longe ensuite une rue relativement belle, et l'on atteint ce célèbre tombeau d'Abd el-Kader que sultan Mourad fit serment de reconstruire quand il se décida, dans la mosquée de Stamboul, à conduire ses armées sous les murs de Bagdad.