«—Où mettiez-vous donc vos habits, votre linge?
«—En partie dans mes poches: c'est un excellent système lorsqu'on veut toujours avoir sous la main les objets de première nécessité. Quant à mes chemises, j'en ai enfilé cinq en quittant Marseille. Lorsque je m'aperçois que la chemise supérieure est un peu défraîchie, je la sors, je la jette, et c'est la seconde qui apparaît. J'en porte encore deux: elles me mèneront facilement en France.»
«A cet instant critique entra la femme de chambre, qui venait demander au voyageur s'il désirait de l'eau froide ou de l'eau chaude.
UNE RUE DE BAGDAD. (Voyez p. [591].)
«—Ni chaude ni froide: il y a longtemps que je suis déshabitué de ces conforts vraiment superflus.»
«Il se rassit sans être autrement troublé par cette proposition intempestive, et reprit la conversation au point où elle avait été interrompue. Croiriez-vous, a ajouté en riant Mme Péretié, que mon hôte, après ces aveux dénués d'artifices, s'empressa de m'offrir son bras pour passer à la salle à manger et que je n'osai le refuser? Et pourtant, au cours de notre entretien, j'avais vu se promener sur l'extrémité de la tresse laissée à découvert toute une petite population de parasites que l'excellent homme rapportait d'Abyssinie en France avec sa dernière chemise.»
«Madame est servie, vient annoncer le valet de chambre.
—Vous allez me servir de cavalier, et tâchez de vous montrer galant», me dit d'un ton joyeux Mme Péretié.
Je rougis, je verdis encore à cette invitation, moi qui n'ai pu me défaire des petits hadjis recueillis sur la route de Darab, bien que je n'éprouve pas à l'égard de l'eau chaude et de l'eau froide la répulsion de l'X*** qui nous a précédés au consulat! J'avais cru, lors de mon séjour à Bouchyr, me débarrasser à tout jamais de mes ennemis en les noyant dans les eaux salées du golfe Persique: illusion! Les bains de mer leur ont été salutaires!