Le feu s'est déclaré à peu de distance de la plus ancienne partie du quartier commerçant, non loin du magnifique Khan Orthma (Caravansérail Couvert). Si le foyer de l'incendie n'eût été circonscrit avec décision, les flammes se fussent propagées jusqu'à cet entrepôt, et eussent privé Bagdad d'un des plus beaux spécimens de l'architecture persane du douzième siècle.
VUE DE BAGDAD DU HAUT DU KHAN ORTHMA.
Le Khan Orthma est un vaisseau rectangulaire recouvert de voûtes élégamment appareillées. Des contreforts extérieurs, distants de trois mètres environ, reçoivent la retombée d'arcs-doubleaux jetés en travers de la nef et réunis entre eux par des voûtains. Ces voûtains sont surmontés de coupoles ajourées portant en partie sur le tympan des grands arcs. Le mur qui vient clore latéralement la salle est percé d'un double étage d'ouvertures; les deux murs pignons sont eux-mêmes terminés par des maçonneries évidées laissant filtrer quelques rayons de soleil dont l'éclat vient s'ajouter à la lumière fournie par les fenêtres et par les coupoles. Les mosaïques monochromes qui décorent l'ensemble de ces voûtes sont d'une légèreté et d'une grâce incomparables. Pourtant l'architecte s'est surpassé le jour où il a conçu la galerie de circulation placée tout autour de la nef.
Il est bien difficile à un constructeur, quand il ne dispose que de briques, c'est-à-dire de matériaux de petites dimensions, de créer des encorbellements résistants; les Persans sont passés maîtres dans cet art, et c'est au désir de ménager à l'intérieur des pièces des saillies considérables que l'on doit ces élégants pendentifs et ces ruches d'abeilles considérés, à tort, comme des ornements caractéristiques de l'architecture arabe, alors qu'ils représentent les parements des petites voûtes de briques destinées à raidir et à porter les maçonneries en surplomb.
MINARET DE SOUK EL-GAZEL.
Les alvéoles en ruches d'abeilles eussent juré avec la disposition générale du Khan Orthma: l'architecte s'arrêta à un parti sévère et, procédant par saillies successives, jeta des arceaux sur des corbeaux implantés dans le mur; les tympans de ces arceaux servent d'appui à des consoles réunies au moyen d'une architrave courbe. Il prépara ainsi un encorbellement d'un mètre trente environ, et le couronna d'un fort cavet que surmonte une légère balustrade en bois. Les bandeaux et les tympans sont couverts de briques estampées analogues à celles que nous avons vues au tombeau de Zobeïde et que l'on retrouve si fréquemment dans les édifices de la période seljoucide.
Un escalier large et bien compris, phénomène rare en pays musulman, conduit à une terrasse qui domine de toute sa hauteur l'ensemble des constructions particulières de la ville. Les minarets, les palmiers, les coupoles brillantes sont ici, comme dans toutes les cités d'Orient, les traits caractéristiques du paysage.
La présence à Bagdad d'un monument franchement iranien n'est pas un fait isolé; non loin des murailles du caravansérail s'élève encore le magnifique minaret de Souk el-Gazel, qui présente, avec son couronnement d'alvéoles à petites imbrications, tous les caractères de l'art persan du douzième siècle. Plus loin se dressent les bâtiments d'une école transformée aujourd'hui en entrepôt des douanes, bâtiments qui doivent leur renom à leurs beautés architecturales et à de superbes inscriptions devant lesquelles se pâment les artistes calligraphes.