PATRE GARDANT SON TROUPEAU SUR LES RUINES DE BABYLONE. «… ET JE RÉDUIRAI LA TERRE DES CHALDÉENS A UNE ÉTERNELLE SOLITUDE.» (Voyez p. [624].)

Les recherches pratiquées autour du château royal ont toujours été heureuses. Aujourd'hui trois ou quatre cents Arabes sont occupés à extraire la terre amoncelée entre des murs en brique crue d'une épaisseur formidable, et à mettre à découvert des salles hautes, longues et étroites semblables à celles que j'ai déjà visitées autour du Birs Nimroud. Des objets sans grande valeur artistique, mais du plus grand intérêt historique, tels que des tablettes de terre cuite couvertes d'inscriptions cunéiformes si serrées les unes contre les autres qu'on ne suit pas même la direction des lignes, résument les trouvailles faites ces derniers jours; mais que de paniers de terre il a fallu remuer et que de patience on a dû déployer pour arriver quelquefois à rencontrer au fond d'un vase fêlé une omoplate de chacal ou une mâchoire de cheval!

TOMBEAU DE BEL-MÉRODACH.

A deux kilomètres environ au nord de la cité royale s'élève, en forme de pyramide tronquée, l'énorme tumulus que nous avions aperçu d'Iskandéryeh-Khan et qui semble, avec le Birs Nimroud, déterminer les limites extrêmes de Babylone. Ce colosse d'argile, haut de quarante mètres, long de plus de cent quatre-vingts et tout entier élevé de main d'homme, porte dans le pays le nom de Babil. Il répond comme position au tombeau de Bélus des auteurs grecs et doit être identifié au temple «des assises de la terre» bâti en l'honneur du dieu Bel-Mérodach sous le règne d'Assarhaddon (Assour-Akhé-iddin), roi d'Assyrie. Embelli et agrandi sous Nabuchodonosor et Nériglissor (Nirgal-sar-Oussour), détruit et pillé par Xerxès, déblayé sur les ordres d'Alexandre, qui eut un moment la pensée de faire reconstruire un sanctuaire cher aux Babyloniens, finalement transformé en forteresse grecque, le temple de Bel-Mérodach n'est plus aujourd'hui qu'un informe monceau de détritus et de terre crue. En grimpant le long des parois éboulées, on atteint sans peine la plate-forme qui couronne la pyramide. A la place des statues d'or enlevées par Xerxès, je ne vois que des matériaux émiettés et un puits qui ne correspond à aucune galerie apparente. Il était peut-être destiné à faire le bonheur des astrologues chaldéens. Deci delà, répandus au milieu des décombres, se montrent quelques fragments d'inscriptions grecques ou araméennes. En portant mes pas jusqu'à l'extrémité méridionale de la pyramide et en me laissant glisser le long des éboulis qui couvrent ses flancs, j'arrive à des excavations revêtues de parois maçonnées. Les fouilles pratiquées sur ce point n'ont, paraît-il, amené aucun résultat intéressant et ont été abandonnées.

Vues du tombeau de Bélus, les ruines de la vieille cité m'apparaissent plus tristes et plus désolées que jamais; tandis que le kasr (château) est encore animé par les manteaux colorés et les tarbouchs rouges des Arabes et des Turcs employés aux fouilles, et que les échos répètent les sonores chansons des terrassiers, le tumulus de Babil, entouré de buissons et d'herbes dures, n'est visité que par des chèvres et des pâtres aussi sauvages que le paysage.

«Et lorsque les soixante-dix ans seront accomplis, je visiterai dans ma colère les rois de Babylone et leur peuple, dit le Seigneur; je jugerai leur iniquité et la terre des Chaldéens et je la réduirai à une éternelle solitude.»

LE LION DE BABYLONE. (Voyez p. [620].)