J'ai déjà dit que l'identification du Birs avec le temple de Jupiter Bélus d'Hérodote, le temple des Sept Lumières de la tradition babylonienne, ne saurait faire de doute aujourd'hui; mais un fait bien plus singulier a été révélé par la lecture des cylindres chaldéens découverts par sir Rawlinson dans les angles de l'édifice. Ces documents viennent au secours de la tradition hébraïque, tout en donnant au temple de Bélus une origine relativement moderne.

Nabuchodonosor nous dit lui-même: «Pour l'autre, qui est cet édifice-ci, le temple des Sept Lumières, et auquel remonte le plus ancien souvenir de Borsippa, un roi antique le bâtit (on compte de là quarante-deux vies humaines), mais il n'en éleva pas le faîte. Les hommes l'avaient abandonné depuis les jours du déluge, proférant leurs paroles en désordre. Le tremblement de terre et le tonnerre avaient ébranlé la brique crue, avaient fendu la brique cuite des revêtements; la brique crue des massifs s'était éboulée en formant des collines. Le grand dieu Mérodach a engagé mon cœur à le rebâtir: je n'en ai pas changé l'emplacement, je n'en ai pas altéré les fondations. Dans le mois du salut, au jour heureux, j'ai percé par des arcades la brique crue des massifs et la brique cuite des revêtements. J'ai ajouté les rampes circulaires; j'ai écrit la gloire de mon nom sur la frise des arcades.

«J'ai mis la main à construire la tour et à en élever le faîte; comme jadis elle dut être, ainsi je l'ai refondue et rebâtie; comme elle dut être dans les temps éloignés, ainsi j'en ai élevé le sommet.»

Ce serait donc en ce lieu que se serait formée la tradition que les Hébreux apportèrent en Judée, et sous mes pieds se retrouverait la célèbre tour de Babel. A quel ordre de phénomènes historiques ou géologiques se rapportent l'érection de cette immense construction et la légende de la confusion des langues? je ne saurais le dire: de mystérieuses obscurités enveloppent encore les premiers âges de l'humanité.

Le temple des Sept Lumières, pour lui donner désormais son vrai nom, ne s'élevait pas au cœur même de Babylone, mais dominait le faubourg de Borsippa. Il ne faudrait pas conclure cependant de l'extrême éloignement des deux centres religieux et royaux représentés l'un par les palais, l'autre par le Birs, que Babylone et Borsippa aient toujours été deux villes distinctes; d'après Hérodote par exemple, l'enceinte extérieure enveloppait Borsippa. On ne me surprendrait pas toutefois en m'apprenant qu'il n'en fut pas toujours ainsi et que, tour à tour distante de la ville ou confondue avec les faubourgs, la cité religieuse fut comprise dans les fortifications ou reléguée hors des murailles élevées par les rois, murailles renversées et reconstruites sur des dimensions plus restreintes ou plus larges selon l'inclémence ou la prospérité des temps.

25 décembre.—Au retour de Borsippa nous sommes venus camper sur le tumulus d'Amran-ibn-Ali, que nous avions foulé aux pieds il y a trois jours, alors que nous étions en quête d'un abri.

Des collines de briques pulvérisées, des tranchées dont les déblais ont servi à combler d'autres tranchées plus anciennes, font de cette partie de Babylone un dédale au milieu duquel on circule sans trouver de point de repère. Quelques lourds massifs de maçonnerie reliés par des mortiers durs comme du fer, un lion de basalte, d'un travail très barbare, à demi enseveli dans les décombres, signalent seuls la demeure des rois chaldéens, le palais mortuaire d'Alexandre.

Moins de traces encore des jardins suspendus élevés par Nabuchodonosor, prince amoureux et galant, afin de satisfaire un caprice de sa femme Amytis, fille d'Astyage, roi de Médie, et de rappeler à la jeune reine qui ne pouvait s'accoutumer à l'aspect monotone des plaines de la Chaldée les hautes montagnes de sa patrie.

Les jardins suspendus n'eurent pas une longue durée: Quinte-Curce les dépeint comme une merveille de son temps, mais Diodore de Sicile en parle toujours au passé. Après la mort d'Alexandre et la fondation de Séleucie, Babylone fut peu à peu abandonnée, perdit son titre de capitale, et assista dès cette époque à la destruction progressive du chef-d'œuvre des architectes babyloniens. Un arrosage insuffisant amena la mort des arbres, le défaut d'entretien l'éboulement des murs, et le paradis d'Amytis mêla sa poussière aux cendres de son inspiratrice. Au temps des Arsacides la ruine était consommée et les jardins servaient de nécropole, comme le prouve la découverte de nombreux tombeaux parthes exhumés il y a quelques années.