«Un pauvre homme vivait du produit de sa pêche et de sa chasse, et, comme il était habile à lancer l'épervier et à appeler les oiseaux auprès de ses lacets, l'une et l'autre étaient souvent abondantes. Un jour, après avoir disposé ses pièges, il s'était caché dans les roseaux et guettait trois perdrix, quand il entendit à ses côtés de bruyants éclats de voix. C'étaient deux écoliers qui discutaient avec chaleur une question de jurisprudence.

«Le chasseur s'avança, les supplia de ne point faire de bruit et de ne point effaroucher le gibier. «Nous le voulons bien, répondirent les étudiants, mais à condition que tu donneras un oiseau à chacun de nous.

«—O mes maîtres, ma famille vit du produit de ma chasse; que deviendrai-je lorsque je rentrerai au logis avec une perdrix à partager entre dix personnes?»

«Le pauvre homme eut beau gémir et représenter aux étudiants que le filet n'était pas plus à eux que la graine semée comme appât, ils ne voulurent rien entendre. Alors le chasseur tira la corde, prit les trois bêtes et les partagea avec ses tyrans.

«Quand il les eut satisfaits, il leur dit: «Si vous me dédommagiez au moins du tort que vous me causez, en m'apprenant le motif de votre discussion?

«—Volontiers: nous disputions sur l'héritage de l'hermaphrodite.

«—Que signifie le mot «hermaphrodite»?

«—L'hermaphrodite est mâle et femelle», répliquèrent les jeunes gens en s'en allant.

«Sur ce, le chasseur, attristé, rentra chez lui, et sa famille, qui l'attendait, dut se contenter ce soir-là de l'unique perdreau qu'il avait apporté.

«Peu de jours après, lorsque les étoiles se furent cachées et qu'un beau soleil aux ailes d'or eut apparu à l'horizon, le pêcheur prit ses filets et se dirigea vers la rivière. Il jeta son épervier et ramena un poisson si beau, si grand et de couleur si éclatante que de sa vie il n'avait vu pareil animal.