BASE D'UNE COLONNE DU PALAIS D'ARTAXERXÈS MNÉMON.

Que de trésors ont été enfouis, que de ruines se sont amoncelées sous les flancs de ces énormes tumulus, que de générations ont regardé cette vaste plaine aujourd'hui stérilisée et cette chaîne aux crêtes blanches depuis le jour où Suse vit s'avancer sur la Kerkha la flotte de Sennachérib, au lieu d'une armée que les Élamites avaient été chercher vers le nord, et depuis l'heure néfaste où Assour-ban-habal emporta les redoutables défenses que les rois d'Élam avaient accumulées autour de leurs palais! Mais aussi comme il est orgueilleux et sauvage, l'hymne triomphant du vainqueur!

LES TUMULUS DE SUSE.

«Par la volonté d'Assour et d'Istar, je suis entré dans ces palais et je m'y suis reposé avec orgueil. J'ai ouvert leurs trésors, j'ai pris l'or et l'argent, leurs richesses, tous ces biens que les premiers rois d'Élam et les rois qui les ont suivis avaient réunis et sur lesquels encore aucun ennemi n'avait mis la main, je m'en suis emparé comme d'un butin… J'ai enlevé Sousinak, le dieu qui habite les forêts, et dont personne n'avait encore vu la divine image, et les dieux Soumoudou, Lagamar, Partikira, Amman-Kasibar, Oudouran, Sapak, dont les rois du pays d'Élam adoraient la divinité. Ragiba, Soungoumsoura, Karsa, Kirsamas, Soudounou, Aipaksina, Biloul, Panimtimri, Silagara, Napsa, Narlitou et Kindakourbou, j'ai enlevé tous ces dieux et toutes ces déesses avec leurs richesses, leurs trésors, leurs pompeux appareils, leurs prêtres et leurs admirateurs, j'ai tout transporté au pays d'Assour. Trente-deux statues des rois, en argent, en or, en bronze et en marbre, provenant des villes de Sousan, de Madaktou, de Houradi, la statue d'Oummanigas, le fils d'Oumbadara, la statue d'Istar Nakhounta, celle d'Hallousi, la statue de Tammaritou, le dernier roi qui, d'après l'ordre d'Assour et d'Istar, m'avait fait sa soumission, j'ai tout envoyé au pays d'Assour. J'ai brisé les lions ailés et les taureaux qui veillaient à la garde des temples. J'ai renversé les taureaux ailés fixés aux portes des palais du pays d'Élam, et qui jusqu'alors n'avaient pas été touchés; je les ai jetés bas. J'ai envoyé en captivité les dieux et les déesses. Leurs forêts sacrées, dans lesquelles personne n'avait encore pénétré, dont les frontières n'avaient pas été franchies, mes soldats les envahirent, admirant leurs retraites, et les livrèrent aux flammes. Les hauts lieux de leurs rois, les anciens et les nouveaux, qui n'avaient pas craint Assour et Istar, mes seigneurs, et qui étaient opposés aux rois mes pères, je les ai renversés, je les ai détruits, je les ai brûlés au soleil; j'ai emmené leurs serviteurs au pays d'Assour, j'ai laissé leurs croyants sans refuge, j'ai desséché les citernes.»

Suse ne se releva pas de longtemps d'une ruine aussi complète et aussi méthodiquement exécutée. Après des siècles de tristesse et de deuil elle revit pourtant des jours de gloire. C'est de Suse, mise en communication avec Sardes par une route d'étape pourvue de caravansérails regorgeant d'approvisionnements et de vivres, que partit Darius à la tête d'une armée de sept cent mille hommes conduite contre la Thrace.

Puis l'horizon s'assombrit de nouveau. Atossa a pleuré sur la défaite de Xerxès. La Perse a pris le deuil de ses défenseurs immolés pour la plus grande gloire de la Grèce et des fils de Pallas-Athènè. Les chants du poète tragique nous redisent les sanglots du peuple de Suse:

«Hélas! hélas! inutilement, par myriades, de toutes sortes, les armées se sont levées à tous les points de l'Asie, se sont ruées à la terre des héros, au pays de la Hellade!

«Ils sont partout, les cadavres des misérables victimes; partout aux rivages de Salamine, partout au pays d'alentour.