Le sol du Khousistan (ancien nom de l'Arabistan persan) était extraordinairement fertile; il rendit au centuple les dépenses faites pour le mettre en culture. Le blé, le coton, la canne à sucre y prospérèrent à souhait; si l'on en croit le vieil auteur persan Hamed Allah Moustofi, la vie devint même à si bon marché que pendant les disettes elle y était moins dispendieuse qu'à Chiraz dans les années d'abondance.

Plus fertile que le Fars et l'Irak, la Susiane devait tenter la convoitise des Arabes. Les habitants de Chouster opposèrent aux envahisseurs la plus opiniâtre résistance. A la suite d'une bataille, les soldats de Bassorah et de Kouffa s'avancèrent jusqu'aux portes de la ville, et l'hormuzan, chef persan préposé à la défense, contraint de ramener ses troupes en arrière, perdit en un seul jour plus de onze cents des siens. Six cents prisonniers furent passés au fil de l'épée.

Malgré le courage des Arabes et leur barbarie, le siège menaçait de traîner en longueur, quand un Iranien se présenta au camp des assiégeants. Il promettait en échange de sa grâce de se convertir à l'islamisme et de guider les ennemis au cœur de la cité.

PONT DE CHOUSTER.

Abou Mouça, le chef arabe, fut trop heureux d'accepter ses offres. Le transfuge, accompagné d'un soldat de la tribu des Beni Cheïban, traversa le petit Tigre (Karoun), et parvint à une anfractuosité de rochers d'où l'on dominait la ville et le camp de l'hormuzan. Dès le retour de l'éclaireur, Abou Mouça désigna quarante hommes, commandés par Mikhrah ben Thawr, les fit escorter à distance par un peloton de deux cents soldats, et leur ordonna de partir la nuit sous la conduite du renégat. Les Arabes escaladèrent les remparts, tuèrent les sentinelles et pénétrèrent dans la ville tandis que l'hormuzan, surpris, s'enfermait à l'intérieur de la citadelle, où étaient amoncelés tous ses trésors. Le lendemain, dès l'aube, Abou Mouça, ayant passé le fleuve à la tête de ses troupes, envahit Chouster. Devançant les habitants de Missolonghi, les Persans saisirent leurs femmes et leurs enfants, les égorgèrent et les précipitèrent dans le fleuve plutôt que de les exposer aux outrages de l'ennemi.

L'hormuzan demanda grâce, mais Abou Mouça refusa de la lui accorder avant d'avoir consulté le calife; entre-temps il fit massacrer tous les défenseurs de la citadelle qui refusèrent de déposer les armes.

La capitale de Chapour n'était pas au bout de ses vicissitudes: aux Arabes succédèrent les Mogols. Bagdad prise, Houlagou khan ordonna à Timour Beik de s'emparer de Chouster.

Les habitants de la ville vinrent au-devant du général avec des vivres, des présents, et firent leur soumission. Le chef tartare défendit à ses soldats de commettre la moindre violence; malgré les conseils d'un atabek du petit Lour qui l'accompagnait et lui reprochait sa faiblesse envers les vaincus, il traita les suppliants avec la plus grande humanité: Chouster ne devait pas subir deux fois les horreurs d'une prise d'assaut.

Délivrée des sièges et des guerres, la capitale du Khousistan tombait aux mains des théologiens. Au commencement du neuvième siècle de l'hégire, l'émir Nedjm ed-din Mahmoud el-Amali, de la famille d'Ali, était venu à Chouster et y avait épousé la fille d'Yzz ed-douleh, chef des chérifs de cette contrée. Fixé désormais auprès de son beau-père, il consacra tous ses soins à la propagation de la foi chiite; une partie des citoyens répondirent à son appel. Enfin, sous les premiers monarques sefevis, Seïd Nour Allah Mir'achi, chef de la noblesse des Alides, termina l'œuvre de prosélytisme commencée par Nedjm ed-din, et dès lors Chouster rivalisa de zèle et d'intolérance avec Koum et Kerbéla. C'est à cette fervente piété qu'il faut attribuer les nombreuses mosquées et les tombeaux construits dans tous les quartiers de la ville.