La genèse du peuple perse, ses progrès intellectuels et artistiques, sa décadence même, l'aspect du pays où se sont déroulées les pages de son épopée, les liens de famille qui le rattachent aux races latines et germaniques, ses dix siècles de luttes contre la Grèce et Rome, me semblent d'autant plus dignes d'étude et d'intérêt que seule la monarchie constituée il y a près de trente siècles par les ancêtres d'Astyage et de Cyaxare a échappé au naufrage des nations asiatiques et, quoique bien déchue de son ancienne splendeur, a conservé son caractère propre, ses arts et, jusque dans la religion musulmane importée à la suite des vainqueurs, un schisme distinct.
Les premières lueurs qui éclairent d'un jour certain l'histoire du plateau de l'Iran nous montrent ce pays occupé par les tribus aryennes. Au nord règnent les Madaï ou les Mèdes. Au contact des Assyriens ils conquièrent de bonne heure une civilisation relative et en profitent pour asservir les tribus sauvages du Fars. Maîtres et sujets, vainqueurs et vaincus parlent un idiome apparenté avec les vieilles langues des Indes et vivent sous l'empire de lois autoritaires. Leur religion, connue aujourd'hui, le mazdéisme, ainsi désigné en l'honneur de son dieu Aouramazda, avait été révélée aux Aryens par le légendaire Zoroastre.
En Médie, sous l'influence d'une caste sacerdotale très puissante et peut-être même autochtone, elle s'était modifiée et avait admis comme principe fondamental le dualisme défini par la lutte du bien et du mal, des dieux et des démons. En Perse elle semblait au contraire être demeurée plus attachée à la forme ancienne, au culte primitif des Aryens.
Les Mèdes entrent en scène pour la première fois à l'occasion de leur alliance avec les vassaux révoltés de l'empire ninivite. Sous les coups de Nabou-bal-Oussour, gouverneur de Babylone pour le roi d'Assyrie, et de Cyaxare, souverain de la Médie, le colosse assyrien s'écroule. Quel rôle les Perses jouèrent-ils dans cette tragédie? On l'ignore; mais il est à supposer qu'il fut considérable et leur valut tout ou partie de la Susiane, jointe dès cette époque à la Perse méridionale.
C'est probablement dans ce petit royaume, désigné par les inscriptions babyloniennes sous le nom de royaume d'Ansan, que naquit Cyrus d'un souverain de nationalité perse, originaire de cette grande famille achéménide dont la branche aînée habitait à Pasargade et gouvernait le Fars. A Suse comme à Pasargade on reconnaissait la suzeraineté du roi d'Ecbatane.
| Moi | Darius | roi | |
| PERSE: | A-da-m | D-â-ra-ya-v-ou-ch | khchâyathiya |
| MÉDIQUE: | U Da-ri-ya-va-os unan | ||
| ASSYRIEN: | Anakou Da-ri-ya-vus sar | ||
INSCRIPTIONS CUNÉIFORMES.
En 560 avant notre ère, Cyrus monte sur les trônes de Perse et de Médie après sa victoire sur Astyage. De ce jour la Perse est faite et prend rang parmi les grandes puissances de l'Orient. Une architecture nouvelle, due au caprice royal et enfantée à la suite de la conquête de l'Ionie et de la Lydie, apparaît sur les plateaux de Mechhed Mourgab. Aux palais de terre de ses ancêtres Cyrus substitue des édifices hypostyles construits en pierres et en briques; il sculpte son image sur les piliers de sa demeure et pour la première fois inscrit en langue perse, mais en lettres cunéiformes, d'aspect analogue aux caractères assyriens, la célèbre formule: «Moi Cyrus, roi achéménide».
Cambyse agrandit l'œuvre de son père et soumet l'Égypte. Pendant son règne tourmenté, la caste des mages semble triompher de l'autorité royale, et l'un d'eux, Gaumata (le Pseudo Smerdis), en profite pour se faire couronner. Darius, fils d'Hystaspe, petit-fils du dernier roi du Fars, descendant d'Achémènes, renverse l'usurpateur, monte sur le trône de Cyrus et étend son autorité sur l'Asie, des rives de l'Indus jusqu'à Chypre, de Memphis en Bactriane, de Susiane en Arménie.