Les conquêtes du chef de la seconde dynastie achéménide apparaissent dans toutes leurs orgueilleuses conséquences sur les palais de Persépolis et sur les tombeaux de Nakhchè Roustem. Salles hypostyles, bas-reliefs sculptés sur la pierre dure, demeures funèbres, reflètent les influences des arts grec et égyptien.

La littérature de cette glorieuse période nous est mal connue; cependant la grande inscription de Bisoutoun et les parties transcrites du testament de Darius gravé en caractères cunéiformes et écrit en trois langues au-dessus de son tombeau ont une noble allure et ne manquent pas de beauté, malgré la forme concise et pourtant monotone de la rédaction.

Sous Darius l'empire achéménide arrive à son apogée; il touche même à son déclin le jour où les armées du grand roi échouent à Marathon. Xerxès couvre encore les terrasses persépolitaines de palais dignes des constructions édifiées sous le règne de son père, mais il procure aux Grecs leur plus glorieux triomphe. L'Orient se meurt; le génie de l'Occident s'est révélé.

Dès lors la puissance des Achéménides va tous les jours s'amoindrissant. Avilis par la vie de harem et les intrigues de palais, les Artaxerxès sont les meilleurs auxiliaires d'Alexandre et de l'invasion des Macédoniens. Sous les derniers d'entre eux l'architecture, la langue même, sont en pleine décadence; les écrivains royaux chargés de rédiger les inscriptions relatant les hauts faits du souverain commettent des solécismes et des fautes d'orthographe dont auraient rougi les plus humbles ou les moins lettrés des scribes de Darius.

Alexandre passe comme un météore vengeur; il détruit, mais n'a point le temps de fonder. Les Séleucides lui succèdent, anéantissent l'esprit national et se réchauffent au rayon mourant des influences macédoniennes. Durant cette période la vieille religion de l'Iran subissait elle-même de graves modifications. Battu en brèche dès les derniers Achéménides par les croyances de l'Asie occidentale, le mazdéisme avait été pénétré plus tard par le polythéisme grec. Des symboles nouveaux, tels que les autels du feu, remplaçaient les emblèmes les plus caractérisés; les livres de Zoroastre étaient perdus ou brûlés; la vieille Perse, résignée, attendait les sacrificateurs. Cette lutte suprême, aucune nation ne fut capable de l'entreprendre. Les empires créés sur les frontières de l'Iran par les successeurs d'Alexandre s'étaient affaiblis au lieu de grandir en puissance, et l'Iran, revenu de la stupeur où l'avait plongé l'invasion macédonienne, secoua le joug étranger et reconquit son indépendance.

Alors commence la période parthe ou arsacide, la plus obscure de l'histoire de Perse. De petits princes confédérés, et formant une sorte de féodalité, prennent en main les nouvelles destinées du pays. Toute la vie de la Perse se concentre sur les frontières; nous connaissons les victoires et les revers des Arsacides, mais à peine pourrions-nous dire les noms des souverains qui se partagent l'héritage de Cyrus.

Point d'architecture, point de littérature sous ces chefs de guerre qui firent trembler les vieux légionnaires et reculer des soldats redoutables devant la flèche du Parthe. La léthargie intellectuelle de l'Iran touche pourtant à sa fin. Des symptômes heureux se manifestent déjà sous le règne des derniers rois; Vologèse essaye de réunir les fragments des textes sacrés du magisme et de codifier la vieille littérature religieuse. Vienne une dynastie répondant aux aspirations du pays, et nous assisterons à la renaissance de l'Iran.

Au centre du Fars, dans la patrie des Achéménides, régnaient des vice-rois qui commandaient au nom des Arsacides. L'éloignement de cette province du siège du gouvernement, reporté, sous le règne des Parthes, tout auprès des frontières occidentales, et le peu d'intérêt qu'inspirait la vieille Perse à des souverains originaires du nord-ouest, avaient rendu à peu près indépendants les feudataires du sud.

L'un d'eux, Ardéchyr Babégan, le premier des Sassanides, rêve de Cyrus, compose un arbre généalogique au sommet duquel se trouvait Achémènes, excite les passions des nomades du Fars, rappelle aux tribus leur glorieux passé, montre aux populations restées fidèles le magisme avili par les souverains commis à sa défense, et se déclare indépendant. Le nouveau roi éprouva moins de peine à vaincre son légitime souverain qu'à soumettre les membres de sa propre famille. Il battit ses parents dans la plaine de Firouzabad; l'atechgâ de Djour paraît être le monument commémoratif de sa victoire et de l'avènement au trône de l'une des dynasties les plus brillantes qui aient régné sur la Perse. La renommée d'Ardéchyr s'étend bientôt de tous côtés. Les petits États voisins de son empire se soumettent à sa puissance; sur le champ de bataille où il vient de défaire l'armée d'Arduan, il est salué du glorieux titre de Chah in chah ou Roi des rois, nom que porteront désormais tous les souverains de la Perse; les princes de l'Orient recherchent son amitié et lui envoient des présents. Rassasié de succès et fatigué du pouvoir, il n'attend pas que la mort lui donne un successeur et abandonne la couronne de Djemchid à son fils Chapour.

Ardéchyr, pour monter sur le trône, s'était appuyé sur le magisme et s'était fait le champion des antiques croyances. Sa foi était peut-être sincère. Devançant Louis XIV de bien des siècles, il adresse, au moment d'abdiquer, ces grandes paroles à son héritier: «Sachez, ô mon fils, que la religion et la royauté sont deux sources qui ne peuvent exister l'une sans l'autre, car la religion est la base de la royauté, et la royauté la protectrice de la religion».