Un beau soleil de printemps, remplaçant les frimas laissés de l'autre côté du col, projette ses rayons sur les blancheurs éblouissantes des sommets et sur les roches calcinées des derniers contreforts de la montagne. A moitié chemin de la descente apparaît, dans la vallée de Kisilousou, un pic isolé, couronné par une plate-forme étroite servant de base à un édifice connu dans le pays sous le nom de château de la Pucelle (Dokhtarè-kalè).
La construction de cette sauvage demeure remonte à une antiquité très reculée; elle fut, dit-on, élevée sous le règne d'Artakhchathra Ier, l'Ardechir Derazdast des auteurs pehlvis, l'Artaxerxès Longue-Main des Grecs, et servit de prison à une princesse rebelle.
LE PONT DE LA PUCELLE (Dokhtarè-pol). (Voyez p. [75].)
Le derviche, notre nouveau compagnon de route, homme à la face épanouie, mais au caractère sentimental, me conte une autre légende:
«Un roi avait une fille de belle figure, d'un caractère aimable; elle avait une taille de cyprès, des joues de lune, des lèvres de rubis, un cou d'argent, la démarche d'un faisan, la voix d'un rossignol. Sa beauté exhalait une odeur de musc, ravissait les yeux, augmentait la vie et séduisait le cœur. L'horreur de l'humanité détermina la princesse à fuir le monde et à venir cacher ses charmes dans cette profonde solitude. Nul chemin, nul sentier ne permettait de s'élever jusqu'au nid d'aigle où elle avait fait construire son château. Quel mortel eût été assez audacieux pour tenter de gravir ces roches inaccessibles? Un jour cependant, un jeune pâtre, beau comme Joseph, ayant aperçu la vierge, osa s'aventurer à la suite de ses chèvres sur les flancs escarpés de la montagne, et il chanta:
«Un ange du ciel s'est présenté à mes regards; sur la terre ne saurait être splendeur comparable à la sienne; sa figure est devenue la Kèbla (direction de la Mecque) de mes yeux. Je n'exhalerai pas mes plaintes devant les heureux de ce monde, mais je dirai ma peine à ceux qui partagent mes tourments; si les fauves colombes entendaient mes soupirs, elles pleureraient avec moi; toi seule es insensible. N'auras-tu pas pitié de ma douleur?»
«Le pâtre revint souvent au pied de la forteresse; la princesse, d'abord cruelle, sentit son cœur s'attendrir en écoutant la voix du chanteur, suave comme celle de David.
«Le raisin nouvellement produit est acerbe de goût.
«Prends patience deux ou trois jours, il deviendra agréable.