—Le gouverneur est donc un infidèle?» murmure la foule mécontente.
On retrouve le mollah, et la porte s'ouvre enfin, malgré les gestes désespérés de tous les dévots.
L'édifice est encore bien conservé. S'il n'avait été restauré par un des premiers princes Séfévis, qui fit, au commencement du seizième siècle, cacher la décoration intérieure sous une épaisse couche de stuc et ajouter au monument primitif une annexe inutile, il aurait traversé victorieusement les siècles écoulés depuis la mort de son fondateur. Les modifications apportées au mausolée royal ont eu pour résultat d'accumuler autour de lui des ruines nombreuses et de dénaturer l'aspect extérieur. Aussi bien est-il nécessaire, quand on désire embrasser d'un seul regard l'ordonnance simple et majestueuse du tombeau, de franchir la porte d'entrée et de pénétrer sous la coupole. L'effet est alors saisissant. On est en présence d'une grande œuvre harmonieuse dans son ensemble et ses détails. Cette première impression ne s'analyse pas, elle se décrit plus difficilement encore.
Cependant, en étudiant avec soin le mausolée d'Oljaïtou, on reconnaît qu'il faut attribuer sa beauté et son élégance robuste au talent d'un constructeur très versé dans la connaissance de son art et fidèle observateur de formules rythmiques connues en Perse dès la plus haute antiquité.
Nous mesurons à plusieurs reprises la hauteur et la largeur de l'édifice; la coupole s'élève à cinquante et un mètres au-dessus du dallage du parvis; son ouverture atteint vingt-cinq mètres cinquante.
Je cite ces deux chiffres, car ils permettent d'apprécier l'importance du monument.
Une heure s'est à peine écoulée que la mosquée, où nous avions été à peu près seuls jusque-là, se remplit d'une foule nombreuse. Un parlementaire s'avance.
«Nous avons déféré à l'ordre du gouverneur, dit-il; vous êtes entrés, au mépris de nos prescriptions religieuses, dans un tombeau vénéré, vous y êtes restés déjà trop longtemps: sortez, ou donnez dix tomans (cent francs) pour chacune des heures que vous y passerez.»
Mon mari, pâle de colère, répond qu'il ne sortira pas, et que, n'ayant point d'argent sur lui, il ne donnera pas un chaï (sou).
«C'est votre dernier mot? répond le parlementaire.