TOMBEAU PRÈS DE SULTANIEH. (Voyez p. [92].)

MAISON PERSANE A AZIMABAD.

CHAPITRE VI

Une maison à Azimabad.—Effets de mirage.—Arrivée à Kazbin.—Abambar (réservoir).—Le chahzaddè de Kazbin.—Superstitions.—Masdjed djouma de Kazbin.—Mystères de Houssein.—Imamzaddè Houssein.—Départ de Kazbin.—Arrivée à Téhéran.

8 mai.—L'étape de Khoremdereh à Azimabad est courte. Après sept heures de marche j'aperçois un beau village bâti sur les bords du lit aplati d'une rivière; la caravane traverse le cours d'eau à gué, au grand émoi d'une multitude de poissons bondissant sous les pieds des chevaux, et pénètre dans les rues d'Azimabad, à la suite de paysans accourus au-devant des voyageurs. Ils sont venus nous engager à descendre dans leurs maisons.

«Cette demeure vous appartient et je suis votre domestique», me dit notre hôte en s'arrêtant devant une muraille de terre et en ouvrant en même temps une porte basse et étroite.

Le nouveau gîte a bonne apparence. Au centre de l'habitation est un porche couvert. Un escalier formé de ces hautes marches auxquelles les jambes européennes ont tant de peine à s'habituer conduit à la première pièce. Puis un vestibule sépare deux grandes salles; l'une nous servira de chambre et de salon; l'autre, où l'on fait la cuisine, sera affectée à notre maison civile et militaire. Quant aux propriétaires de l'immeuble, ils se réfugieront dans les étables, ou, s'ils promettent de ne pas faire trop de bruit, dans le balakhanè élevé au-dessus du vestibule. Chaque pièce est éclairée par de vastes baies garnies d'un grillage en bois recouvert de papier huilé, remplaçant les vitres, qu'il serait sans doute difficile de se procurer dans les villages. Les plafonds sont formés de rondins de bois juxtaposés; une cheminée minuscule et deux étages de larges takhtchès décorent les murs blanchis à la chaux. Passons à l'inventaire du mobilier; sa rédaction ne demandera pas de nombreuses vacations: des coffres garnis d'ornements de cuivre ou de fer étamé, des nattes de paille recouvertes çà et là de tapis usés qui seraient fort appréciés en France, s'ils étaient, en raison de leur vétusté, qualifiés d'anciens, deux ou trois kalyans, un Koran et quelques ouvrages de poésies persanes ornés de grossières enluminures. Sur le devant de la maison, des arbres fruitiers, une ébauche de jardin clôturé par de hautes murailles de terre complètent l'installation. C'est le type uniforme des habitations des riches paysans de la contrée.

9 mai.—Vers trois heures du matin la caravane s'est remise en marche. Elle arrivera aujourd'hui à Kazbin, où elle doit stationner deux jours: repos bien gagné après un trajet de six cent quarante-trois kilomètres parcouru avec le mauvais temps et sur de pitoyables sentiers.

A partir d'Azimabad la vallée s'abaisse rapidement. Entre huit et neuf heures, l'air, réchauffé par les rayons d'un beau soleil, devient étouffant. Derrière le rideau des légères brumes qui s'élèvent dans le lointain, apparaissent des coupoles bleues et des minarets élancés dominant une grande ville étendue au pied des derniers contreforts des montagnes du Ghilan. Au-dessous de ces dômes élégants j'en vois d'autres, lourds et aplatis, dépourvus des revêtements de faïence qui ornent les mosquées. Ces constructions paraissent répandues en grand nombre dans tous les quartiers et donnent au panorama de la ville un aspect monumental. Une large ceinture de jardins entoure les murs de Kazbin, dont nous serions assez rapprochés si un lac immense ne semblait devoir nous obliger à faire un long détour avant de gagner les faubourgs.