LE DÉMAVEND.
Arrivés à la quatrième station, le maître de poste refuse de me laisser continuer le voyage, sous prétexte que la nuit tombe; mon désappointement est cruel: j'aperçois depuis longtemps le pic neigeux du Démavend et la chaîne de l'Elbrouz, au pied de laquelle est bâti Téhéran. Je ne suis plus qu'à vingt kilomètres de la ville, et la route, qui conduit à un château royal, est, paraît-il, assez bonne. A force d'instances on me donne des chevaux; vers dix heures du soir je franchis enfin les larges fossés et l'enceinte fortifiée de la capitale de la Perse. Le postillon qui nous a menés n'appartient pas à l'administration, c'est un paysan tenté par l'appât de la récompense promise; il parle un patois kurde auquel je ne comprends pas un mot, n'est jamais sorti de son village et ne connaît pas Téhéran. Quand je m'en aperçois, le véhicule est déjà engagé dans un labyrinthe de ruelles désertes plongées dans une obscurité profonde. Toutes les maisons sont closes, et il y a trop de boue dans la ville pour qu'on puisse y circuler à pied.
Après avoir traversé des bazars couverts, encore plus sombres que les rues, j'entrevois cependant un filet de lumière à travers la porte entr'ouverte d'une maison de misérable apparence. J'entre et trouve des soldats persans fumant le kalyan et buvant du thé; je demande le quartier chrétien; l'un des militaires se lève, vient questionner le cocher, s'assure que ce dernier est incapable de se retrouver, et consent à lui servir de guide. Nous retournons sur nos pas, et débouchons enfin sur une vaste place dont le piètre éclairage éblouit mes yeux habitués à la nuit noire. Quatre portes monumentales se présentent à chacune des extrémités de la place; l'une d'elles donne accès dans le quartier européen; mais là mon soldat m'abandonne: il ne connaît pas de mehman khanè farangui. J'ai de nouveau recours à un marchand de thé: à force de prières j'obtiens un nouveau guide.
Dix minutes plus tard la voiture s'arrête devant une maison blanchie à la chaux et d'assez propre apparence.
L'hôtel français n'est autre chose qu'un café tenu par un de nos compatriotes, ancien confiseur chassé du palais sur la demande du clergé, qui voyait à regret le chah manger des pâtisseries préparées par un «impur». Au café sont jointes deux pièces que M. Prévôt loue aux voyageurs de passage à Téhéran; elles vont sans délai être mises à notre disposition. Nous sommes arrivés; mais dans quel état est Marcel! il délire et n'a même pas la force de gagner la chambre où l'attend un bon lit.
FEMME PERSANE EN COSTUME DE PROMENADE.
FATTALY CHAH ET SES FILS. (Voyez p. [129].)