Malheureusement un voyage pénible et une acclimatation difficile épuisent les forces de ces courageuses femmes; des fièvres et des maladies de langueur s'emparent d'elles, et la plupart s'éteignent sur la terre d'exil au bout de très peu d'années. A Ourmiah surtout, où elles sont privées des secours de la médecine européenne, et où l'on ne peut accéder que par la voie d'Erzeroum ou de Tauris, la mortalité est effrayante.

Sur neuf Sœurs arrivées l'année dernière, trois ont succombé à la suite de refroidissements contractés en traversant des rivières à cheval; trois autres ont péri de fièvres typhoïdes ou d'accès pernicieux.

Deux Pères lazaristes complètent à Téhéran une mission précieuse, non seulement en raison des services qu'elle rend à tous les malheureux, sans distinction de religion ou de nationalité, mais encore au point de vue de l'accroissement de l'influence française en Orient.

3 juin.—Mon mari reprend rapidement des forces. Demain nous irons à pied chez le docteur et, si cette promenade n'est pas trop fatigante, nous serons reçus après-demain par le chah, auquel notre protecteur a demandé la permission de nous présenter.

LE DOCTEUR THOLOZAN.

La tribu Kadjar, à laquelle appartient Nasr ed-din, est originaire de la Syrie. Elle avait déjà une réputation de bravoure incontestée quand Tamerlan l'amena en Perse. Au dix-septième siècle, chah Abbas la divisa en trois tronçons et lui confia la protection des frontières les plus difficiles à garder de son vaste empire. L'une se fixa en Géorgie pour arrêter les incursions des Lesghées; la seconde s'établit à Merv dans le Khorassan, afin de défendre le pays contre les Usbegs; la troisième enfin, d'où descend la dynastie actuelle, planta ses tentes au bord de la mer Caspienne, dans le voisinage des tribus turcomanes. La tribu Kadjar d'Astérabad s'était divisée en deux parties quand elle habitait encore l'Arménie. La première, la branche haute, avait des pâturages dans les montagnes, et fut considérée comme la plus importante jusqu'au jour où Fattaly khan, de la branche basse, devint généralissime des armées de Tamasp II. Depuis cette époque les membres de la tribu basse des Kadjars occupèrent des postes militaires de la plus grande importance et, à la fin du siècle dernier, parvinrent même à élever au trône un de leurs chefs, Aga Mohammed khan, fondateur de la dynastie régnante.

La destinée de ce prince fut des plus étranges. Il était encore à la nourrice quand son père fut mis à mort par les ordres de Nadir chah; lui-même resta comme otage à la cour d'Adil chah, neveu et successeur de Nadir, qui donna l'ordre barbare d'en faire un eunuque. Le but que le roi s'était proposé en tentant de l'efféminer ne fut pas atteint; Aga Mohammed, doué d'une vive intelligence, chercha une distraction à ses soucis dans un travail opiniâtre et plus tard, quand il fut parvenu au trône, dans l'organisation de son armée. A cette dure gymnastique son âme s'endurcit comme son corps. Malgré sa jeunesse, sa dissimulation était si profonde et son esprit si sérieux, que Kérim khan, qui avait renversé le dernier Sofi et usurpé le trône, le consultait sur les plus graves affaires, tout en le gardant prisonnier.

A la mort du roi il s'échappa, gagna le Mazendéran avec une rapidité prodigieuse et se déclara indépendant. Il pardonna au moins en apparence à ceux qui l'avaient rendu un objet de pitié pour le dernier de ses sujets, groupa autour de lui plusieurs chefs puissants du Kurdistan, de l'Azerbeïdjan et de l'Irak au moment où le pays était déchiré par les factions, et donna ainsi le trône de Perse à sa tribu.

Bien des raisons engageaient Aga Mohammed à établir le siège du gouvernement dans le voisinage des possessions héréditaires de sa famille et à rapprocher sa capitale des gras pâturages où paissaient les troupeaux des Kadjars.