TOMBEAUX DES CHEIKHS A KOUM. (Voyez p. [182].)

CHAPITRE X

La digue de Saveh.—Les tarentules.—Les fonctionnaires persans.—Entrée à Avah.—Visite à une dame persane.—Voyage dans le désert.—Arrivée à Koum.—Panorama de la ville.—Plan d'un andéroun.—Le gouverneur de la ville.—Tombeau de Fatma.—Tombeaux des cheikhs.—Concert de rossignols.

26 juillet.—Me voici depuis deux jours à la digue. Afin d'éviter les pertes de temps, Marcel a renoncé à aller loger au village de Sabsabad, situé à un farsakh de l'ouvrage, et a ordonné d'installer notre campement dans des huttes de terre servant d'habitation à quelques paysans chargés de cultiver un bosquet de grenadiers plantés auprès d'une dérivation de la rivière: ces arbres ne donnent encore aucun ombrage et nous laissent exposés tout le jour aux rayons brûlants du soleil.

Aux premières lueurs de l'aube nous prenons la direction du barrage. La vallée s'élève entre deux montagnes à pic et se resserre à tel point que les parois des rochers semblent se confondre à leur base. Cette brisure naturelle est fermée par une digue bâtie en moellons de pierre et mortier de chaux. Malheureusement la construction n'a pas été fondée sur le roc en place, mais sur d'énormes graviers amoncelés au fond de la rivière. Aussi, dès que les eaux, en s'élevant dans le bassin, eurent exercé une pression suffisante, elles filtrèrent à travers le sous-sol, entraînant les sables, les graviers et les blocs, et en fin de compte creusèrent un large pertuis à la base de l'édifice.

Depuis de longues années les gouverneurs se sont préoccupés de la réparation de cette digue, et à plusieurs reprises ils ont fait couler, à l'entrée de l'ouverture, des blocs de pierre et du mortier: la rivière impétueuse a balayé comme paille d'aussi insignifiants obstacles.

En descendant du barrage on laisse sur la gauche une petite construction en briques cuites surmontée d'une coupole en partie ruinée. C'est le tombeau de l'architecte qui conçut le projet grandiose de cet ouvrage, mais ne sut pas en diriger l'exécution. Il habitait, dit la tradition, le village où nous avons été tentés nous-mêmes de nous installer; quand on vint lui apprendre que les eaux s'étaient frayé un passage au-dessous de la digue qu'il avait édifiée avec tant de peine, il monta à cheval et partit au galop, mais, au moment où ses yeux purent distinguer la rivière s'écoulant torrentueuse dans son ancien lit, il tomba frappé d'une congestion cérébrale. On l'enterra sur la place même où son corps fut trouvé.

27 juillet.—Notre existence est encore plus dure ici qu'à Saveh. La chaleur est intolérable, les tarentules pullulent, les approvisionnements touchent à leur fin, et tout l'arak destiné à couper l'eau a été absorbé par l'ousta (maître maçon), sous prétexte qu'il n'y a pas plus de péché dans une bouteille que dans un verre.

28 juillet.—J'ai trop bien dormi cette nuit; si j'avais un peu mieux fait ma cour aux étoiles, je ne souffrirais pas aujourd'hui d'une blessure qui commence déjà à suppurer.