— Arnet, chassez tout seul. Je vous quitte.
— Tu as bien tort. Tu t’expliquerais avec Arlette demain. Des bécasses, ça ne se trouve pas tous les jours comme les filles… Nous en avons fait lever trois ce matin, dont je sais la remise.
Mais Victorin s’éloignait, sifflant son chien.
Arnet leva les épaules, et se remit en quête.
Toutefois, il se promit de rejoindre Victorin, quand il aurait encore au carnier au moins une des trois bécasses levées le matin.
Il arriva que, en sortant du bois, Victorin, dans la plaine, aperçut son père en train de labourer une de leurs terres. Sur les mancherons de l’araire, sa forte poigne pesait, et dirigeait le soc bien aiguisé, qui, parfois, sautant hors de terre, quand il rencontrait la roche, luisait en bref éclair au soleil d’automne.
Victorin essaya de passer sans s’occuper du laboureur, à qui cela aurait pu paraître tout simple, car le père et le fils, en aucun temps, ne s’étaient beaucoup parlé — et Bouziane était, par nature, un silencieux.
Mais, ce jour-là, et depuis ce matin, le père Bouziane avait ruminé les choses ; il se les était repassées, comme si le travail physique consistant à suivre une première raie de labour, qu’on ouvre devant soi et qu’on côtoie au retour en traçant la seconde, avait commandé à sa pensée de se creuser en lui et de se recommencer en retours constants.
Et, ainsi, il s’était répété :
— Est-il possible que le fils Bouziane renonce à tout ce qui fait le bien et l’honneur de la famille ! Est-il possible ! Véritablement, je ne puis le croire… et cependant !… Est-il possible ! est-il possible, bon Dieu de bon Dieu !