Les ramasseurs de châtaignes sont allés déjeuner chez eux ; le village est si proche ! Le picatéou, pour revenir à son travail abandonné, retraverse le bois, en criant de satisfaction. Le voilà sur son vieil arbre, accroché des pattes au faîte du tronc vertical ; il le frappe activement du bec à coups réguliers, toc, toc ; il se hâte. Deux écureuils rongent deux châtaignes mûres, et leur queue se déploie en parasol sur leur petite tête affairée, grignotante… Les sangliers, eux, ne reviendront pas de sitôt. Les agasses bavardent à qui mieux mieux, comme des Arlette, mais la forêt préfère leur bavardage au caquetage des femmes.
Restée seule avec ses sylvains, la forêt est heureuse.
XXI
LE PORTRAIT DE LA GAVOTTE
Comme M. le Maire, suivi de ses deux invités, rentrait dans les Mayons, il rencontra la mère d’Arlette ; et, après l’avoir présentée au peintre :
— Vous pouvez envoyer votre fille tout à l’heure à la mairie en toute confiance, lui dit-il ; on lui fera un beau portrait.
— Et à l’huile, dit Jean d’Auriol.
— C’est bienvenu, monsieur le Maire, puisque c’est vous qui le demandez.
Et la mère d’Arlette rentra chez elle.
— Les jours sont courts, dit Jean d’Auriol ; vous nous permettrez, monsieur le Maire, de ne pas demeurer longtemps à table.