— Oh ! Monsieur, tout de suite après le dîner de midi.

Elle rougissait de plaisir.

— C’est cela, vers une heure, à la mairie…

— Ne manque pas, Arlette. Tu seras fière, hein, d’avoir un beau portrait ?

Et, en retournant aux Mayons, où ils allaient déjeuner chez M. Muraire, le peintre, enchanté, disait à ses deux compagnons :

— Elle est vraiment gentille, cette Provençale en robe d’aïeule. Quand j’aurai fait son portrait, je reprendrai cette figure dans un tableau qui s’appellera Une châtaigneraie aux Mayons et vous me permettrez, Monsieur le maire, de vous l’offrir pour décorer la salle de vos délibérations.

— J’aimerais bien, Monsieur, dit le Maire en baissant la voix, que, dans ce tableau, que j’accepte avec reconnaissance, la figure d’Arlette ne fût pas trop reconnaissable. Cette fille n’est pas d’ici et elle n’est pas très bien vue dans le pays…

— Qu’à cela ne tienne, Monsieur le Maire ; ce sera, dans le tableau, le portrait de son costume seulement. Quant à son portrait à elle, j’en ferai une étude à part… Elle est vraiment très jolie fille.

— Cela, dit le maire, on ne peut pas le lui ôter.

— Tu vois, disait Arlette à son interlocuteur malin de tout à l’heure, tu vois que je ne suis pas fille à manquer de galants, gros fada ! Tous les peintres de Paris voudraient me faire mon portrait — et, tu sais, un portrait à l’huile, ça vaut des cent et des mille… Alors, les amis, cette après-midi vous ne me reverrez pas ici, qu’il faudra que je pose, bien habillée.