Augustin répondait :
— Ma montre, elle va bien. Le train doit arriver à peine… Il lui faut du temps pour venir à pied de la gare… Alors, tu comptes l’épouser ?
— Je l’espère. Et, tant que ce n’est pas fait, je serais bien coquine et bien sotte de le trahir. Sois juste, Augustin !
Victorin ne frappa même pas à la porte. Déjà il redescendait l’escalier puant. Et il s’achemina vers la gare, où il déjeuna d’un quignon de pain et d’un morceau de fromage. Il but l’eau de la fontaine du square, puis se paya une tasse de café au buffet. Le soir même, il s’asseyait, les yeux humides, sans rien dire, à la table des Bouziane.
Le lendemain, il crut avoir fait un mauvais rêve. L’honnêteté d’Arlette semblait évidente. Alors quoi ?… Alors quoi ? Allait-il l’abandonner parce qu’elle était pauvre — et si courageuse d’affronter une misère qui le faisait fuir, lui, un homme ? Arlette ne lui avait-elle pas dit, un jour, très loyalement, à propos de Marius, qu’elle se considérait comme en droit de ne pas décourager ses autres galants, afin de trouver encore à se marier si lui, Victorin, venait à l’oublier.
Certes, elle était honnête. Elle n’avait pas démérité. Elle traversait un moment difficile, voilà tout. Par probité, il résolut d’attendre encore, quoique sans joie.
A son retour de Marseille, Victorin dit à son père :
— Décidément, j’attendrai qu’on appelle ma classe… On est si bien ici !
Bouziane ne demanda pas d’explication.