Depuis quelques jours couraient des bruits de guerre. Personne n’y croyait.

« Du siècle que nous sommes, ça n’est plus possible. » Telle était la formule par où les gens de la terre accueillaient les nouvelles menaçantes sorties des « gazettes », comme eût dit le grand-père Bouziane, et transmises de bouche en bouche, volant plus vite que les ramiers sauvages ou les émouchets. Ainsi, dit-on, se propagent les nouvelles aux pays d’Afrique, à travers les déserts, comme sur les ailes d’une électricité humaine et sans qu’on sache comment.

Arnet, vagabond de nature comme un Bédouin, en passant par plaine ou colline, par vigne ou bois, criait de loin :

— Un Tel, vous savez ce qui arrive ?

— Eh ! non.

— Nous allons être en guerre !

— Avecque qui ?

— Avec l’Allemagne, pardi !

— Du siècle que nous sommes, pas possible ! Ça s’arrangera !

Il hochait la tête, le vieil insurgé de 51, et reprenait un de ses thèmes favoris :