— Marfiza-vous deïs emperours ! (Ayez méfiance des empereurs.)

Tout le monde, aux Mayons, se rappelait qu’un jour Arnet s’était affirmé cousin du roi des Maures ; et, vu que les chefs d’État sont parents entre eux, il s’était dit, par voie de conséquence, cousin du président de la République française.

Si singulier que cela puisse paraître, cette plaisanterie, la façon joyeusement sympathique dont elle avait été accueillie, acclamée, applaudie, avait impressionné le braconnier.

— Ce président, M. Poincaré, il me fait l’effet que je le connais, disait-il ; que nous avons eu quelque chose d’aimable ensemble ; et puis M. d’Auriol le connaît très bien ! il m’en a parlé : je lui suis attaché.

Ainsi disait Arnet, et, l’imagination aidant, un certain besoin, bien méridional, d’être sans gêne avec les grands de la terre, par orgueil — et familier par goût de la sympathie, Arnet ajoutait :

— Mon ami Poincaré, je ne l’ai jamais vu, il n’a eu jamais occasion de rien faire pour moi, ni moi pour lui, mais nous sommes très bien ensemble.

Il riait de cette drôlerie, mais, à force d’en rire, il y croyait presque ; et, dans les circonstances présentes, cessant de galéger, il s’écriait :

— Ils voudraient l’empêcher de revenir de Russie, où il est allé voir le père des Russes. Pourvu qu’on ne nous le prenne pas en route, notre Président ! C’est un si brave homme, à ma connaissance !

Non, il ne riait plus, Arnet. N’avait-il pas fait le coup de fusil pour la République, la Sainte, comme il disait, quand Napoléon fit contre elle son coup d’État. Non, l’Allemagne n’avait pas d’ennemi plus déterminé qu’Arnet. Malheureusement il était bien vieux, traînait la jambe. Tout récemment, il avait fait une chute. Les tarets avaient, disait-il, attaqué le vieux bois dont il était fait.

Tel qu’il était, Arnet était une voix française, une bonne et, quoique un peu enrouée, encore claironnante.