C’était un gendarme.
— J’apporte, dit-il, l’ordre de mobilisation pour votre fils, monsieur Augias… Votre fils n’est pas en règle.
— Il s’y mettra, dit M. Augias, j’en réponds. Donnez. Merci. Je lui ferai parvenir cela.
— Ah ! vous voilà, maître Arnet ? fit le gendarme… Avec la permission de M. Augias, s’il veut m’excuser, je vous dirai que nous ne sommes pas contents de vos histoires.
— Et de quelles histoires ?
— D’une que vous contez quelquefois, et qui a fini par nous revenir aux oreilles. Vous prétendez que vous avez, dans votre jeunesse, maltraité un gendarme, que vous l’avez porté sur vos épaules à travers la brousse, et que, finalement, il aurait manqué à son devoir en ne vous arrêtant pas, et cela pour conserver les bonnes manières d’un riche propriétaire de la contrée. Nous comprenons la galégeade, maître Arnet, mais nous ne voulons pas de l’injure. Et je ne suis pas fâché de vous le faire entendre.
— Il y a, heureusement pour les braconniers, répliqua Arnet, des gendarmes qui ne font pas toujours tout leur devoir.
— Si cela s’était produit, une fois, en votre faveur, serait-ce bien convenable à vous de le leur reprocher au lieu de leur en être reconnaissant ?
Arnet réfléchit un bon moment.
— Gendarme, dit-il enfin, en tout autre temps je vous aurais montré que j’aime à rire jusqu’au bout ; mais je me comprends que ce n’est plus le moment. Je vous dirai donc que, en tout temps, lorsque je racontais mes histoires, je les arrangeais toujours de manière à les rendre gaies et à faire rire les gens un peu plus que de raison peut-être ; je dois avouer aujourd’hui que je n’ai jamais porté tout un gendarme sur mon dos, armes et bagages, pendant si longtemps ; que je l’ai seulement un peu soulevé de terre et un rien de temps ; que je méritais un gros procès-verbal, et que si le gendarme ne me le fit pas, — sur la prière de mon ami, le marquis, — ce fut par bonté pure, parce qu’on lui fit comprendre que je m’étais exposé à une trop terrible condamnation. Ce gendarme fut donc un juste et très brave homme.