— Quelle ménagère tu feras ! Heureux coquin, celui qui te prendra ton cœur.
— On ne me le prendra pas sans que je le donne, dit-elle en riant de toutes ses belles dents blanches.
Tous l’admiraient ; elle avait une démarche souple de bête libre, bien faite et bien saine.
— Vive notre Martine !
— La carriole est là-bas, dit-elle, vous savez, à cent pas d’ici, sous le patriarche, le plus vieux suve de la forêt, qui est si beau. Elle est bien à l’ombre. Il y a tout le manger qu’il faut, pour tout le monde ; particulièrement une moissonneuse bien épaisse, et de l’eau bien fraîche.
— Vive la Bouziane ! répéta le plus vieux des rusquiers. C’est vrai qu’elle a chanté aussi bien que l’ange Gabriel à la crèche !
— Quelle paire ça ferait avec Victorin !
— Ils pourraient chanter Cigalous ensemble ! Ils feraient fortune !
On s’installait, près de la carriole, sous le patriarche, où l’ombre était moins ardente. Importuné par les taons, le cheval arabe, dételé, attaché au tronc du vieux suve, frappait sa croupe avec sa queue et son ventre avec son pied, qui retombait lourdement sur le sol feutré d’un lit de lichen épais.
Et pendant que toute la bande, assise à terre, commençait un repas bien gagné, — tout là-bas, derrière les larges troncs écorchés, la pauvre figure maigre et pâle d’Arlette, avec les yeux tout grands ouverts et trop brillants, épiait sa rivale maudite et son trop beau « calignaire ».