— Je vais t’en donner, moi, dit Arnet, qui entra brusquement sur ce mot… Ayez pas peur, maître Augias ; j’ai porté sur mon dos un gendarme au complet, avec son sabre et sa carabine, ce qui est resté une histoire célèbre dans le pays ; je porterai bien ce fifi jusqu’à Gonfaron, s’il le fallait… A nous deux, mon gaillard !
Le vieux braconnier prit Augustin, le mirliflore, par sa belle cravate rouge, lui fit repasser le seuil et l’envoya rouler sur l’échine à quinze pas de la maison paternelle.
Augias pleurait.
— Père Augias, dit Arnet, j’ai aperçu tantôt Arlette sur la route, au soleil tombant, qui causait avec Augustin ; et je suis venu à tout hasard, pensant bien qu’un témoin vous serait peut-être utile.
— Mon fils ! et dire que c’est mon fils !
— J’ai entendu dire à Maurin, qui était le bon sens même, qu’on n’est jamais sûr qu’un fils soit un vrai fils. Un vrai fils est celui qui pense comme vous, disait Maurin. Et celui qui pense comme vous et sait vous aimer, celui-là est votre fils, quand même ce serait un bâtard sans père. Et tenez, moi, Arnet, tout bête comme je suis, je me sens un frère pour vous.
VIII
UNE GALÉGEADE D’ARNET
A l’entrée des Mayons, à gauche, s’ouvre l’atelier du forgeron, devant lequel un vieux mûrier donne son ombre. Dans l’atelier l’hiver, sur le seuil en été, les joyeux bavardages tiennent, chaque soir, cour plénière.
Augustin, lesté d’un bon repas, ayant bien secoué la poussière de ses habits, se persuada qu’il préviendrait utilement les racontars d’Arnet s’il paraissait à la veillée d’été, chez le forgeron. Il porterait beau, galégerait les filles ; il ne montrerait pas la figure d’un homme qu’on vient de rouler, cul par-dessus tête, dans la poussière. Et, tard dans la nuit, qui était tiède et belle, il regagnerait la gare du Luc, où il utiliserait son billet de retour pour Marseille.
Chez le forgeron se trouvait déjà réunie une aimable compagnie ; des hommes surtout ; à peine deux ou trois femmes, parmi lesquelles la petite Arlette, — lorsque Augustin apparut, souriant.