L’auditoire approuvait joyeusement.
— Pas moins, fit Augustin d’un air rageur, il y a des gens qui blâment les opinions des autres et qui maltraitent, à l’occasion, les représentants de la loi.
— Je ne dis pas, répliqua Arnet d’un air bonhomme, que nous ayons raison de tant galéger les gendarmes ; mais, dans un pays où il n’y a pas autant de perdreaux que de pignes, on ne parviendra jamais à nous empêcher de regarder le gibier libre comme la propriété de qui l’attrape.
Puis, quittant ce terrain brûlant :
— Les gendarmes ont du bon pour servir contre les vrais coquins, dit-il. Et moi qui parle, pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai fait le gendarme.
Il regarda Augustin fixement, puis baissa les yeux. Quand il les releva, Augustin s’était esquivé.
— Vous avez fait le gendarme aujourd’hui ? Oh ! dites-nous comment ? s’écria Arlette amusée.
— Une autre fois, je vous le dirai, si c’est nécessaire, répliqua Arnet.
Et, à son tour, il s’en alla ; et, rejoignant Augustin sur la route, sous le clair de lune qui était magnifique :
— Augustin, dit-il, n’oublie pas que ton père est un saint homme. Tout le pays, au besoin, se lèverait pour le défendre, comme je l’ai défendu aujourd’hui. Et tâche de prendre de meilleurs chemins. Contente-le. Fais-toi soldat ou charretier, mais travaille. Même braconnier sans permis, on peut être un brave homme, embêter un gendarme, et respecter la loi pour ce qui ne concerne pas la chasse… Et puis, méfie-toi d’Arlette. Elle ne vaut pas mieux que toi, pour le moment ; oui, pour le moment, car tu changeras… si tu es vraiment le fils de ton père, mon drôle !