Il avait posé à terre sa cornude vide. Il se mit sur l’épaule une des cornudes pleines et s’en alla.

Martine était parmi les travailleurs ; mais comme la présence d’Arlette, imposée par les circonstances, lui était déplaisante, elle s’arrangeait pour devancer de quelques pas les autres vendangeurs, et, ainsi, se tenait à l’écart sans affectation. Elle était la fille du maître, et ce zèle de sa part semblait très naturel. Tout le pays devinait pourtant la nature des sentiments qu’inspirait Arlette aux Bouziane et aux Revertégat. Et la vaillante petite population des Mayons, si industrieuse, et qui sait le prix du travail et des biens qui en sont la récompense, approuvait les deux vieilles familles enracinées dans leurs traditions. On se réjouissait de pouvoir dire d’Arlette : « Elle n’est pas d’ici ». Quelque chose avait transpiré, çà et là, des amours de Victorin et des résistances du père.

On aimait Martine ; on trouvait qu’avec Victorin, celle-là, oui, ferait un beau « parèou » ; et maître Alessi, un conseiller municipal, était allé jusqu’à dire d’Arlette :

— Par malheur, elle ne nous est pas tout à fait étrangère ! Mais, à la plus petite faute de sa part, je trouverais bien le moyen d’en débarrasser le pays.

— Bah ! lui répondit quelqu’un, c’est une ambitieuse ; et si Victorin ne l’épouse pas, elle voudra s’en aller à Marseille ou à Paris ; c’est bien sûr, son ambition, à elle, comme ç’a été celle d’Augustin Augias. Nous sommes, pour ces deux-là, un trop petit pays !

Et va de rire.

C’était là, envers Arlette, les sentiments de tous, aux Mayons, et c’est ce qui inspirait leurs lazzis aux vendangeurs des Revertégat.

Quand Victorin, après avoir parlé en maître, se fut éloigné, celui qui avait galégé Arlette « un peu trop fort », un grand garçon nommé Toinet, vexé d’avoir eu à supporter sans rien dire les menaces du jeune Bouziane, se mit à chantonner une antique chanson de vendangeurs :

Dedans sa cabane,

Le pauvre dormait.