— Moi, disait une fille, je suis contente qu’elle n’en soit pas, du pays. On devrait travailler à la faire partir.
— Ah vaï ! elle partira bien d’elle-même, avec tant de nigauds qui ne demandent qu’à l’enlever.
Les galégeades directes qu’on lui avait lancées d’abord l’ayant trouvée insensible en apparence, s’étaient résolues en médisances chuchotées.
Comme si elle eût voulu braver les hostilités qu’elle sentait autour d’elle, Arlette tira de sa poche, et se mit en devoir d’enfiler, une paire de vieux gants.
— Té vé ! Arlette qui a peur de s’abîmer les mains !
— Eh ! la gavotte ! Tu veux te faire passer pour la marquise des Mayons, alors ?
Ces derniers mots avaient été jetés avec mépris par un jeune Mayonnais aux larges épaules.
— Est-ce que je ne suis pas libre de moi-même ? dit Arlette. C’est joli, pour un gros garçon comme toi, Toinet, d’être insolent avec les filles ! C’est lâche.
Victorin arrivait. Il posa devant Arlette sa cornude vide :
— Je ne sais pas à qui de vous elle parle, mes hommes, cria-t-il, mais elle a raison dans ce qu’elle vient de dire, vous en conviendrez. Et puis, le premier qui lui manque de respect, celui-là aura affaire à moi. Travaillez, que nous n’avons pas de temps à perdre.