Il alla vers la ferme, pour ne pas quitter les Revertégat sans leur donner le bonsoir.
Dans la salle basse de la ferme, Martine, assise, était seule. Quand il entra :
— Je suis là que je me pose un peu, dit-elle avec sa belle placidité ordinaire.
Lui, alors :
— Martine, dit-il, je crains de t’avoir ennuyée un peu aujourd’hui, en défendant Arlette comme je l’ai fait, et pas seulement en paroles.
Il devinait bien maintenant que Martine avait du vrai amour pour lui et qu’elle avait dû souffrir, au moins un peu, de le voir si prompt et si ardent à défendre sa rivale ; mais il n’aurait pas dû se montrer si perspicace, puisque Martine ne voulait pas être devinée. Le rustique orgueil de Martine maintint à la vaillante fille un air de calme indifférence.
— Est-ce que tu t’imagines, mon pauvre Victorin, que je lutterais avec elle à qui, d’elle ou de moi, gagnerait la première le cœur d’un jeune homme capable de la comparer à moi ? Non, mon bel ami, rassure-toi. Vous pouvez vous caligner sous mes yeux sans me faire peine, péchère ! Cependant, laisse-moi te dire qu’Arlette n’est pas une femme pour toi. Tes parents ont cent fois raison de te la déconseiller. Prends-en une autre ; pas moi, non, mais une autre dans mon genre pour l’honnêteté et le courage. C’est facile à comprendre que, lorsqu’on a une maison établie, et ancienne, et que tout le monde respecte, comme celle des Bouziane, on ne veut pas que les rats s’y mettent. Ton Arlette, c’est une souris. Tu dois bien voir que je te parle pour la vérité, et parce que j’ai pour toi la bonne amitié qu’on a pour un frère.
Les Revertégat entraient. Victorin, qui écoutait Martine d’un air décontenancé, fut heureux de la diversion ; il dit vivement :
— Je n’ai pas voulu vous quitter, ce dernier jour de vendange, sans vous dire au revoir.
— Au revoir donc, fit Revertégat.