Arlette, en ce moment précis, sortait du cellier.

— Arlette, dit Victorin, je vais t’accompagner un bout de chemin ; j’ai à te parler.

Et, sans même regarder le valet de ferme :

— Toi, Marius, fais ce qu’on t’a commandé, et laisse-moi tranquille.

Il s’éloigna avec Arlette.

— Arlette, lui dit-il, sois franche. Est-ce vrai ce que dit Mïus, que vous vous parlez ? Qu’il voudrait t’épouser ? Que tu ne le décourages pas ? Est-ce que, par hasard, tu chasses deux lièvres à la fois ?

Arlette sentit tout le péril de la situation. Elle était assez astucieuse pour savoir le prix qu’on attache à la sincérité et comment les plus dissimulés peuvent s’en servir à l’occasion.

— Victorin, dit-elle en regardant le jeune homme droit dans les yeux, Marius est un honnête garçon. C’est vrai qu’il m’aime et qu’il ne me déplaît pas. Pourquoi le ferais-je souffrir avant d’être bien sûre que tu ne céderas pas devant les ordres de tes père et mère ? Je n’encourage pas Marius, comme tu le dis ; mais peut-on reprocher à une pauvre fille d’accepter l’idée d’avoir un honnête défenseur pour le jour où elle serait abandonnée ?

Victorin eut un moment d’hésitation, puis :

— Tu es une brave fille, Arlette ; c’est bien répondu. J’aime ta franchise. A se revoir !