A peine entrée, l’Arlette astucieuse, intrigante, satisfaite de pouvoir utiliser pour une expansion excessive la reconnaissance qu’elle était censée avoir, se jeta furieusement au cou de Victorin, et, se pressant contre sa poitrine :

— Comme tu es fort et courageux, mon beau promis ! s’écria-t-elle.

— Peuh ! dit Victorin, il avait besoin d’une leçon, ce Toinet. Il ne te dira plus rien, sois tranquille.

— Je suis contente, dit-elle. D’avoir été si bien défendue devant tout le monde, il me semble déjà que je suis ta femme.

Mais pour avoir été discret en personne, le père Revertégat n’en avait pas moins le désir d’interrompre par un intermédiaire le tête-à-tête ; et, d’un ton négligent, il avait ordonné à Mïus d’aller fermer le cellier. Mïus entra, d’abord sans voir Arlette et Victorin. Puis tout à coup :

— Pardon, excuse, si je vous dérange ; mais j’ai reçu ordre de venir fermer la porte.

— Oh ! dit Arlette, pas avant que j’aie changé de vêtements. Donne-moi un moment, Mïus, et laissez-moi tous les deux.

Les deux jeunes hommes sortirent ; et, maîtrisant avec peine un mouvement de rage intérieure, le jaloux Mïus dit à Victorin :

— Je ne suis qu’au garçon de ferme, et vous êtes, vous, monsieur Victorin, le fils d’un gros riche qui a beaucoup de terre, et je vous respecte comme il se doit. Mais dans l’occasion que voilà, je dois aussi vous dire que je suis l’ami d’Arlette et un meilleur ami que vous, pourquoi vous finirez, c’est sûr, par ne pas l’épouser, à cause de vos parents qui ne veulent pas d’elle. Alors ce n’est pas bien de venir comme ça lui parler en cachette pour la détourner de moi, sans avantage pour vous.

A son tour, Victorin sentit une piqûre de jalousie.