Et elle ajouta :

— Je ne tiens pourtant pas à ce travail des châtaignes, parce que mon père le faisait quand il arriva de nos contrées, de notre montagne, et c’est à cause de cela qu’on m’appelle des fois « la gavotte », moi qui aime tant les villes ! Il y a des souvenirs que je ne voudrais pas réveiller ; mais enfin, pour toi, j’irai, si tu y viens, à la récolte de châtaignes.

— J’irai, avait-il dit.

Il aurait donc voulu, ayant fait cette promesse, ne pas suivre Arnet à la chasse et les Revertégat aux pignets.

— Ton père, lui dit Arnet, ne sait pas que tu as engagé Arlette ; si tu refuses, il pensera donc que tu as voulu éviter Martine, et, au lieu de lui endormir sa colère, tu l’exciteras. Si tu es toujours décidé à épouser Arlette malgré la volonté de ton père, à quoi bon chercher comme à plaisir des occasions de lui rappeler que tu es en révolte ? Et qui t’empêchera d’aller, avant la fin du jour, expliquer à ton Arlette, que le diable emporte ! pourquoi tu n’es pas allé plus tôt la retrouver. Tu n’as pas peur d’elle, j’espère ? Et puis, vas-tu manquer les premières bécasses, avec un bon chien comme tu as, et l’amour de la chasse comme il est dans tout Mayonnais ? Des bécasses, j’en ai vu six ce matin. Nous en tuerons demain autant qu’il nous plaira. Fla ! fla ! fla !

Cette onomatopée, qui prétend imiter le bruit de la bécasse au départ, fut irrésistible.

— Allons aux bécasses et aux pignets, dit Victorin. Je parlerai, le soir, à Arlette. Elle est intelligente, elle comprendra bien.

Et c’est pourquoi, le lendemain, Arnet et Victorin, un panier sur le flanc, pour les pignets, à la manière des Parisiens pêcheurs de goujons, — et un fusil au poing, leur chien d’arrêt quêtant, grelot au collier, faisaient leur double chasse, pendant que Martine, sa mère, Mïus et la mère Bouziane poussaient des cris à chaque trouvaille.

— Vé ! vé ! éici un rôdou (toute une compagnie de pignets, rangés en rond).

— Qu’il est grand, celui-là ! On s’y mettrait dessous, à couvert !