— Et sain et propre ! On te le mangerait cru !
On élevait en l’air les pignets ; on regardait leur dessous. Leurs feuillets, si fins, un peu séparés mais pressés, étaient comme roses d’un beau sang intérieur. C’était comme de menus rayons lumineux, pétris d’une vie heureuse et mystérieuse.
Et les corbeilles s’emplissaient.
— C’est Martine qui, jusqu’ici, en trouve le plus. C’est la reine des chercheuses !
Ils ne connaissaient pas la mignonne fée Mab, les rustiques chercheurs, mais ils sentaient très bien, quoique confusément, ce qu’il y a de mystérieux dans la naissance de ces petits êtres, qui n’étaient pas encore parmi les plantes hier soir, et qui, ce matin, pullulent, bien formés, nés et grandis en si peu de temps, sans que personne les ait jamais vus pousser, tandis qu’on assiste à la germination de tous les végétaux. Comme ils viennent vite tout seuls, ces pignets qui s’échangent contre de l’or ! tandis qu’il faut tant peiner pour faire le petit grain de l’avoine ou du blé, et le grain, si petit, du raisin !
— Quelle belle chose, que cette fortune qui nous pousse !
— Oui, le bon Dieu devrait nous en envoyer beaucoup, de ces fortunes gagnées sans peine.
— Ah ! vaï ! dit la mère Bouziane, le monde deviendrait paresseux et lâche. Prends toujours ça, et travaillons pour le reste. Comme nous les avons trouvées, nous laisserons les choses sur la terre, la peine, Martine, et l’amour.
— L’amour, dit Martine un peu rêveuse, l’amour ne m’empêche pas de dormir.
Pendant ce temps, Arnet et Victorin s’oubliaient à la bécasse. Leurs paniers restaient vides. C’est folie de croire qu’on peut s’occuper de chercher des pignets, les yeux à terre, lorsque les chiens quêtent tout autour de vous et qu’on entend tintinnabuler leurs grelots qui, de temps en temps, font silence.