Voilà, ô Loti, les réflexions que je vous dédie, à vous qui êtes un poète, — incompris d’ailleurs au point de vue philosophique, malgré l’admiration générale qu’ont soulevée vos livres, — à vous qui vous êtes fait l’éducateur d’un simple, « mon frère Yves », d’un nomade du désert d’eau que, lentement et à force d’affection et de génie, vous avez élevé au rang de frère.
Cette action-là, ô Loti, c’est l’action future, sacrée, de l’esprit de liberté sur les masses inférieures. A défaut d’autre religion, nous aurons celle de la pitié, la vénération de la douleur, le respect de la misère, l’amour des faibles, des vaincus, sans autre récompense que la joie de se donner, de créer, de faire œuvre d’hommes-dieux.
C’est là l’essence du génie chrétien, qui refleurira à la cime de la civilisation universelle.
Un de mes frères à moi m’écrivait il y a quelques jours : « Proclame (pour faire ton devoir de poète) les devoirs du riche et les droits du pauvre ; c’est tout l’Évangile. » Oui, quoi que cela puisse coûter, c’est cela, ô Loti, qui est la vérité. Elle paraît encore gênante à beaucoup des nôtres, je le sais. Mais elle est impérieuse et s’imposera, ou bien ce sera la fin du vieil Occident.
Oui, il faut que ceux qui savent, proclament les droits de l’ignorant ; que les forts proclament le droit des faibles, les riches le droit des pauvres, le vainqueur les droits du vaincu.
Alors seulement il sera permis aux puissants de ce monde de parler, avec noblesse, de soumission et de devoir, aux ignorants, aux faibles, aux pauvres, aux vaincus.
Là est la Révolution, ou elle n’est qu’un mensonge. Là est la France.
Les temps approchent. Les signes se multiplient.