Simple et grande, l’âme de l’Arabe ! comme l’éternel spectacle du lever et du coucher des soleils dans le désert.
Ici, il y a Dieu et l’homme. Dieu est grand… Moi si petit, si perdu ! Et l’homme s’incline, grand par le sentiment constant de son rapport avec l’infinie immensité.
L’Arabe étant assuré dans sa foi, la mort ne lui est rien qu’une délivrance. A toute seconde, il est prêt à se montrer héroïque. Quand Mahomet ne serait qu’un politique, il resterait un grand prophète.
La foi est un levier perdu, celui qui soulevait les montagnes. Nous qui n’avons plus la nôtre, servons-nous de celle-ci en l’honorant. Ce sera plus noble d’abord, plus politique en même temps que de la susciter contre nous.
L’Arabe est patient. La monotonie des jours dans l’horizon uniforme lui a appris la patience. Et surtout il la tient de sa foi, patient… parce qu’il se sait immortel.
On m’a cité l’exemple d’un Arabe qui arrive dans une gare au moment précis où le train — un train unique par vingt-quatre heures — siffle et s’éloigne.
L’Arabe le regarde partir, curieux, charmé de voir cette puissance étrange activer sa vitesse ; puis, lentement, le fils du désert s’assied, tire quelques dattes du capuchon de son burnous, et, vingt-quatre heures durant, attend le train qui doit suivre.
La patience aussi est une force. Pourquoi la mettre contre nous ?