Il faudrait, ô Loti, que nous eussions de la grandeur, un idéal politique, national, humain, le goût de l’unité, l’horreur de la division, beaucoup de choses, ô Loti, dont on ne parle même plus…

Comment la France respecterait-elle l’Arabe ? Nous ne nous respectons plus nous-mêmes. La Liberté, qui nous semble encore le principe de la dignité humaine, est en train de tuer la politesse française ! Les lettres donnent souvent l’exemple. L’art n’est plus la fleur par excellence d’une nation policée et polie. La grâce hellène, si bien mariée à l’esprit français d’autrefois, se cache, honteuse, devant des lourdeurs vraiment tudesques, des violences américaines et des mercantilismes anglais…


Reprenez la mer, ô Loti. C’est elle qui vous a enseigné la simplicité et la grandeur, qui vous a donné votre génie, le mépris, l’oubli plutôt, des bassesses et des jalousies, la patience, l’acceptation de la vie et de la mort.

La mer enseigne les mêmes choses que le désert.


L’âme arabe, comme le désert, est simple et grande.

Il y a, dans ce livre, Loti, une ou deux pièces, où, donnant la parole à l’Arabe, je lui prête des idées ou des sentiments plus compliqués que les siens propres (le Marcheur du désert, par exemple). L’expression seule de certains sentiments, ces sentiments fussent-ils ceux de l’Arabe, est déjà par elle-même une complication dont il est incapable. Mais, Loti, comme vous l’avez dit vous-même du Japon, dans votre livre japonais, je dirai à mon tour : Un des principaux personnages de ce livre est l’Effet que me fit ce pays.

Ce que raconte chaque voyageur, c’est ceci : comment il a été, personnellement, impressionné par les pays qu’il a parcourus.

Sans cela, il y a beau temps qu’on ne parlerait plus ni de la terre, ni de la mer, ni du ciel, ni des fleurs, ni de l’amour, — et ce serait vraiment dommage, ô Loti.