Au lieu de respecter la foi de l’Arabe, on la brave. Au lieu de traiter l’Arabe en noble chevalier vaincu, on le traite en indigne ; il est, en face de nous, sans moyens d’action, sans députés indigènes, sans autre défense que l’insurrection. On en abuse.

En ceci, la France oublie trop qu’elle est l’apôtre de tous les affranchissements.

Nous ruinons, nous abîmons une grande race qui nous est fraternelle et demeure prête pour nous au dévouement des martyrs : l’Arabe l’a prouvé en 70.

Les colons supprimeraient volontiers, d’un seul coup, tout l’élément arabe.

Eh bien ! la France qui pense ne peut pas être, en 1889, la France qui exploite.


Les Arabes demandent quoi ? Plus de respect de l’âme française pour l’âme arabe, pour la dignité arabe, pour les mœurs, la religion, la foi arabes, — peut-être pour la propriété arabe.

Ce qui en eux réclame ce n’est pas l’épargne, c’est la générosité, c’est la dignité… J’ai promis à un certain nombre de cheiks d’écrire cette revendication, le cri de leur cœur. J’ai tenu, je tiens ma promesse… Vous trouverez, Loti, à la fin de ce livre, la Pétition de l’Arabe, dont chaque trait m’a été fourni par un de mes hôtes d’un jour, autour du couscoussou national.


Hélas ! il faudrait que quelques-uns au moins de nos administrateurs fussent animés d’un esprit d’apôtres. Il faudrait que leur mission ne leur apparût pas seulement comme une fonction lucrative ; il faudrait qu’une forte éducation nationale eût appris à ces serviteurs la connaissance des âmes, des religions, des intérêts supérieurs, et comment l’intérêt privé, légitime, s’élève en servant celui des peuples.