J’ai lu sur les Arabes, ô Loti, différents ouvrages, où tous les défauts de la race sont signalés avec un soin méticuleux. Voleurs, menteurs et pouilleux, voilà les aménités naturalistes dont couramment on les gratifie.

J’estime que les Français orgueilleux qui parlent ainsi d’un peuple vaincu, le traitent injustement et maladroitement en ennemi armé et debout.

L’Arabe ne nous hait point. Il hait le juif, non le chrétien. Aïssa ou Jésus est pour lui un prophète vénérable. En outre, cette race guerrière, chevaleresque, a le respect d’une Force à qui Dieu a permis le triomphe.

Elle a le respect du vainqueur. Si tu as vaincu, c’est que Dieu l’a voulu. De plus, trop fière pour rabaisser ses ennemis, elle les estime, les admire d’être ses vainqueurs, et demeure prête — si le vainqueur n’essaie pas de dominer sa conscience, n’offense pas sa religion — à le servir comme un noble et bon maître, le désigné de Dieu.

Avec de telles dispositions d’âme, l’Arabe, manié par une autorité éclairée, énergique et subtile à la fois, aussi polie que ferme, deviendrait une force française incomparable, très supérieure, par entraînement religieux et physiologique, à l’élément européen, fatigué, lui, par l’esprit sceptique, analyste et positif, par un rationalisme de décadence qui est la mort de tout enthousiasme et, par conséquent, de toute grandeur, de tout dévouement, de toute patrie, comme de toute famille et de toute religion.


Il va sans dire qu’il ne me vient pas à l’esprit d’opposer la société arabe à nos sociétés européennes. C’est de l’âme arabe que je parle uniquement, de l’individualité morale de l’Arabe, de sa conception de la vie ; je parle de ce qu’il y a d’essentiellement beau dans le génie de cette race, qui n’a rien à fonder, puisqu’elle a placé son intérêt d’être, son âme, bien plus haut que ce monde, — et qui aurait le droit en somme de vivre à sa guise, si nous n’étions pas encore aux temps de deuil où la Guerre prétend fonder le Droit.


On a impolitiquement fait à l’Arabe la mortelle offense d’accorder aux Israélites d’Algérie des privilèges qu’il n’a pas ; on l’a, de fait, déclaré inférieur à la race qu’il abomine. Faute énorme ! grosse de périls ! La France de l’égalité doit aux Arabes, sans tenir compte de leur intolérance, plus de respect véritable.