Parmi les procédés d’art et de critique, il y en a deux, très opposés, et qui sont symétriques.

L’un consiste à voir dans la nature qu’il s’agit d’exprimer, ou dans l’œuvre qu’il faut qualifier, uniquement les choses mauvaises, déplaisantes, le mal et l’erreur. Dans ce système, quand le bien, l’agréable, sont constatés, ils prennent l’arrière-plan ; ils sont subordonnés, niés presque, sinon tout à fait.

L’autre système consiste à ne voir ou à ne montrer que le bon et le bien. Le mauvais et le mal sont alors sinon niés, du moins subordonnés, relégués à l’arrière-plan… Des deux systèmes, quel est le meilleur ?

Pour moi, qui ne me permettrai jamais de trancher aucune question, — et qui ne reconnais aux critiques et aux chefs d’école que le droit d’affirmer les préférences de leur nature propre, mais non de proclamer des règles, je préfère l’art qui met au-dessus de tout, — comme le fait la nature elle-même, — les rayons, les nettetés, l’éclat, la vie, l’épuration perpétuelle, universelle.

Je ne suis pas de ceux qui reprochent aux corbeaux de manger de la viande corrompue : je les remercie d’être des nettoyeurs. Les charognes, dans la nature, tiennent peu de place, et, vite, sont éliminées, disparaissent sous les fleurs et les verdures.

Je ne dis pas aux roses : « Fi ! vous naissez du fumier : » je suis tenté de dire au fumier : « Gloire à toi qui nourris les roses ! »


O Loti, le réel social, que l’on confond trop souvent avec la nature, est quelquefois abject parce qu’il se modèle imparfaitement sur la nature divine… J’appelle divin tout ce qui échappe à l’homme, se passe de lui, et l’emporte.

La terre n’est pas ignoble ; elle absorbe toute ignominie et en fait de la vie, éternellement ; la mer n’est jamais salie : elle lave tout ce qu’elle touche, les rochers du rivage et le pont de votre navire ; le ciel est la source de pureté, eau et feu. La vie est propre et glorieuse. La mort, immortellement, est absorbée et rendue vivante. Il n’y a de naturalisme, d’art, de politique, de philosophie viables, que ceux qui, copiant la nature même, simplifient tout, purifient par la simplification qui rapporte chaque élément à sa source particulière, lavent, éclairent, et font germer, c’est-à-dire monter vers la lumière.

L’esthétique est une morale.