Elle se sauva. Léon ne tarda pas à la suivre. Comme il était un professionnel de l’adultère, tout ceci ne le changeait guère, et ne l’étonna pas longtemps.
III
Les voitures, une à une, se détachaient du parc sombre ; et, des fenêtres du château, on pouvait voir leurs lanternes espacées se suivre, disparues, reparues, au loin sur la route, à travers les branchages noirs.
Albert et Pauline étaient repartis pour Paris, cette nuit même.
Les girandoles suspendues aux arbres du parc achevaient de s’éteindre.
Paul et Marie étaient restés seuls.
Le comte Paul n’était pas homme à considérer le mariage comme un acte de vente qui donne un droit immédiat à la possession.
Délicat et tendre, il n’était pas homme à faire de la nuit de noces, pour la jeune fille, un souvenir d’exigence et de brutalité. Il considérait la femme comme engagée moralement, dans l’avenir et pour toujours, par le mariage, mais non pas condamnée à une dépendance physique soudaine, presque outrageante.
Il pensait en son cœur que la gloire de la jeune fille, l’honneur de l’épousée, c’est d’être vaincue par le charme éternel, au point d’appeler naturellement, comme en un rêve, ce que, éveillée, en pleine réalité, elle repousserait de toutes ses forces, au nom des pudeurs apprises. Ces pudeurs, auxquelles elle doit d’être restée ce qu’elle est, auxquelles elle devra de rester la digne épouse et la chaste mère, aucune loi ne les livre à l’homme. S’il n’attend pas qu’elles soient résolues, comme noyées dans la langueur, dans l’espérance et l’oubli, s’il s’impose par la force et par le droit, il pourra être pardonné, mais il faudra qu’il le soit. Il ne peut se vanter que d’une pauvre conquête, car il a conquis sans vaincre. Il n’a pas fait, en la seconde sacrée, la part de l’âme et de la liberté. Il n’aura pas su créer la tendresse, qui seule fait le don complet et l’union indissoluble.
Pour beaucoup plus de femmes qu’on ne croit, la nuit de noce est restée un souvenir odieux, de défaite rude, humiliante. Beaucoup ont failli plus tard, par pur désir de revanche, presque par fierté, pour s’affranchir par l’union volontaire, c’est-à-dire fière, du mariage infamant. Ce n’est pas pour rien que l’antique poète fait descendre sur les couples amoureux une vapeur qui les cache à tous les yeux, mais qui, transparente pour eux seuls, ne leur laisse plus voir le réel qu’à travers la réelle beauté de leur propre trouble. C’est le mystère qui intervient et divinise, pour créer.