Tout ce trouble, elle l’aperçut très bien dans ses yeux, mais, une fois encore, elle se perdit avec une parole, avec un geste.
Elle tendit les bras et cria :
— Je ne suis pas celle que vous croyez ! Sur les cendres de ma mère, Paul, je vous le jure !
Le geste était théâtral. Et quant « aux cendres de la mère », oh cela ! c’était le comble du banal à la fois et de l’inouï !
Elles jurent toutes, les femmes menteuses, avec une facilité surprenante, sur la tête de leur nourrisson ou sur les cendres d’un pauvre mort qui ne proteste jamais.
Les sincères n’ont pas besoin de s’appuyer si fortement et si vite sur des témoins muets, ni même sur d’autres. Ils imaginent fièrement que leur parole suffit.
Le comte se rappela que, sur cette remarque générale faite un jour par lui, Albert lui avait conté un authentique et bien curieux souvenir de voyage.
A Smyrne, où il était allé avec l’escadre, il se trouva admis dans la familiarité d’une veuve mûre et de sa jeune fille, qui gardaient chez elles, selon l’usage du pays, les ossements du mari, du père, — non pas tous, mais quelques restes, — précieusement recueillis dans une urne.
Une querelle, très orientale, c’est-à-dire tout de suite exaspérée et criarde, s’étant élevée entre la fille et la mère, celle-ci jura ses grands dieux, la main étendue au-dessus de l’urne sacrée, que, dans cette discussion dont le sujet importe peu, elle disait la vérité, rien que la vérité, toute la vérité.
La fille résistant à cette preuve suprême, la mère était entrée dans une violente colère, et s’excitant toujours davantage, affolée par les insolences de sa délicieuse enfant, elle lui lança à la tête, tout d’un coup, l’urne elle-même, qui dans sa chute s’ouvrit, répandant tout ce qu’elle contenait !