Elle le regardait faire, assise sur le lit, songeuse.
Il courut chez le charcutier.
— Pas de jambon, — un pâté !… Je régale une duchesse, — et une vraie encore ! Un pâté de lièvre, voisin, — avec du veau dedans, et une tête de faisan dessus !
Ils dînèrent en tête-à-tête.
— Sans toi, mon bon Théramène, j’aurais passé une fichue nuit, car je couche ici, entends-tu ?… Oh ! tu ne peux pas te douter du service que tu me rends. C’est bon tout de même, mon vieux, d’avoir des gens de cœur près de soi, en de certains moments… Non ; vrai, sans toi, Théramène, ce que je serais embêtée, ce soir !… Au fond, vois-tu, j’ai du vrai chagrin.
Elle songeait : « Il était fou, ce malheureux Léon, c’est clair. Sans ça, c’était devenu si simple, — puisque c’était forcé, — de partir ensemble ! »
Elle regrettait le Léon d’autrefois, mais ce fou d’aujourd’hui, ce désespéré, c’était, après tout, une chance, de n’avoir pas été obligée de le suivre.
Théramène mit avec soin des draps blancs à son lit ; et il passa la nuit sur son fauteuil, sommeillant de temps à autre, se réveillant pour la regarder dormir, — heureux de jouer les pères nobles au naturel.
Elle aussi se réveilla plusieurs fois, cette nuit-là. Quel parti devait-elle prendre ? Où irait-elle ? Qu’allait-elle devenir ?
Quand le jour parut, et qu’elle ouvrit les yeux, elle trouva Théramène debout près du lit, et qui, vêtu de son velours râpé et de sa soie éclatante, lui présentait un chocolat fumant sur un plateau, apporté du cabaret voisin.